Classique

Les 20 ans du West-Eastern Divan Orchestra, avec Daniel Barenboim, Anne-Mutter et Yo-Yo Ma dans le triple concerto de Beethoven et la 9e de Bruckner à la Philharmonie de Paris

Les 20 ans du West-Eastern Divan Orchestra, avec Daniel Barenboim, Anne-Mutter et Yo-Yo Ma dans le triple concerto de Beethoven et la 9e de Bruckner à la Philharmonie de Paris

21 octobre 2019 | PAR Yaël Hirsch

Ce dimanche 20 octobre, la Philharmonie était crépitante et peut-être encore plus pleine qu’à son habitude. L’orchestre formé par Daniel Barenboim et Edward Said en 1999 avec une part égale de musiciens israéliens et arabes soufflait ses 20 bougies à Paris (après Cologne la veille et avant Berlin cette semaine) et retrouvait son fondateur et deux de ses prestigieux parrains pour un concert exceptionnel.

La soirée a donc commencé par un morceau de bravoure, avec le mythique triple concerto pour violon, violoncelle et piano de Beethoven (1804-1807) et un casting de monstres sacrés des plus grands enregistrements des 40 dernières années : à gauche la violoniste Anne-Sophie Mutter, au centre et dirigé depuis son piano vers son orchestre, Daniel Barenboim et à droite, entièrement ancré à son violoncelle, Yo-Yo Ma. Avec eux, les artistes souvent jeunes du West-Eastern Divan Orchestra.

L’Allegro commence tout de suite comme une fête, avec un choix par Barenboim de donner une version aussi suave qu’éclatante du concerto. L’orchestre est seul en piste, dirigé par un Barenboim debout et qui lui est entièrement dédié, nous transmettant feu, énergie et rythme avec une osmose qui frise la perfection. Au moment où le pianiste et chef d’orchestre s’assied, nous savons que les pianistes entrent en pistes. En fourreau rouge et brushing parfait, Anne-Sophie Mutter est toujours aussi impressionnante de précision et de clarté. Dans la conformation difficile à trois solistes-stars, notamment lorsque le pianiste regarde et joue pleinement vers l’orchestre qu’il dirige. C’est donc elle qui se penche vers lui et lui est extrêmement attentive. Le son du violoncelle de Yo-Yo Ma est parfois un peu écrasé par la flamboyance du violon, mais les moments des solos et notamment de reprise des thèmes sont d’une telle intensité et émotion que l’on se retrouve presque en face à face avec le violoncelliste. Dans le seul interstice, pendant que le public automnal tousse avec abondance, les musiciens rient et sourient et c’est un bonheur de les voir. On entre dans le largo avec le son aussi parfait que doux et nostalgique de Daniel Barenboim, et c’est presque comme une valse et une madeleine. Le troisième mouvement et sa polonaise suivent sans interruption, ce qui donne encore plus d’élan à l’envolée rythmique finale et l’on est frappé encore et toujours du lien entre le chef et son orchestre qui livre une performance flamboyante. Les applaudissements sont à presque la hauteur de cette performance extraordinaire tant ils sont longs et chaleureux.

Après un entracte joyeux et doux de ce dimanche de pluie battante que la musique a réchauffé, le West-Eastern Divan Orchestra s’attaque à un autre monument : La 9e symphonie inachevée de Bruckner (1891-1896) qui dure plus d’une heure. Ici encore, sous la baguette de Barenboim, qui dirige debout, le mot d’ordre est la suavité, en même temps et par-delà la puissance. Le premier mouvement commence solennel, lent et grave, avec un orchestre qui monte en puissance et marque son rythme mais détache aussi beaucoup les séquences. Le scherzo donne bien l’impression que le ciel s’abat sur notre tête, avec ses pizzicati inauguraux et ses échos sombres. Enfin, le mythique adagio nous emmène avec puissance et presque douleur dans une musique métaphysique qui s’interrompt presque brutalement, nous laissant sur une grande question. Une très belle performance ovationnée par le public, lors d’une longue cession d’applaudissements qui permet à Daniel Barenboim de saluer pratiquement un à un tous les musiciens de l’orchestre en nous enjoignant à les applaudir.

Une soirée extraordinaire qui a volé dans les cieux de la musique romantique allemande, comblant parfaitement les attentes d’un public mélomane et exigeant. Pour faire un don à l’orchestre du West-Eastern Divan c’est ici.
visuel : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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