Opéra

Orphée et Eurydice sous le signe de Corot à Liège

Orphée et Eurydice sous le signe de Corot à Liège

21 octobre 2019 | PAR Gilles Charlassier

Un an après le succès à l’Opéra Comique, la production d’Orphée et Eurydice de Gluck réglée par Aurélien Bory arrive à l’Opéra de Liège, avec un cast renouvelé.

[rating=4]

Coproduction avec l’Opéra Comique, qui a porté le spectacle sur les fonds baptismaux il y a tout juste un an, Caen, Lausanne, Luxembourg, Versailles, Zagreb et Pékin, la mise en scène d’Orphée et Eurydice réglée par Aurélien Bory que Liège présente en ce mois d’octobre réussit la synthèse entre l’épure visuelle et l’efficacité narrative. Avec un dispositif de Pepper’s ghost, la scénographie de Pierre Dequivre tire parti des ressources spéculaires du tableau de Corot, Orphée ramenant Eurydice des Enfers, reproduit sur un tissu, sous les éclairages tamisés et évocateurs d’Arno Veyrat, qui répondent aux teintes délicates du peintre français – l’image reviendra, inversée, mais selon le sens original de la toile, à la fin du drame, dont la fin heureuse a été éludée. Sur cette habile osmose référentielle évoluent des figurants et des danseurs en vêtements de deuil, d’abord étendus autour de l’époux éploré, avant des séquences chorégraphique vigoureuses résumant les Furies infernales. Dans un contraste évident avec ce crêpe funèbre, Manuela Agnesini a habillé Amour et Eurydice d’un blanc éclatant, d’innocence ou d’espoir. La décantation du plateau concentre ainsi les potentialités visuelles et expressives d’un concept qui dépasse la mode du dépouillement et des lumières ascétiques aux confins de la pénombre, qu’illustre par exemple le récent Freischütz au Théâtre des Champs Elysées.

C’est surtout un écrin idéal pour la pureté de l’incarnation d’Orphée, véritable centre de gravité dramatique, avec une focale d’une admirable économie. Varduhi Abrahamyan en livre une interprétation investie, qui privilégie la couleurs des affects, en s’appuyant sur un timbre charnu et riche d’harmoniques, quitte à rendre la ligne plus onctueuse que ce que l’idéal classique, revisité par le mouvement baroque, a inscrit comme usage. Au demeurant, cette liberté à l’égard des habitudes récentes n’est pas sans pertinence, de part le choix de la version de Berlioz, avec l’air intense et virtuose que celui-ci écrivit pour Pauline Viardot, « Amour viens rendre à mon âme » – même si le travail de Berlioz, justement, ne cédait pas au travestissement romantique et s’attachait au retour aux sources gluckistes, signe que la quête de l’authenticité ne saurait être contrainte à un chemin unique. La direction de Guy van Waas, à la tête de l’orchestre de la maison wallonne, témoigne de cette pluralité. Sans avoir recours aux instruments d’époque, comme Raphaël Pichon et les Pygmalion à l’Opéra Comique, il sait mettre en valeur une belle clarté de l’articulation, qui soutient le rôle-titre, autant que l’Eurydice délicate campée par Mélissa Petit et le frais babil de l’Amour de Julie Gebhart. Préparés par Pierre Iodice, les choeurs participent activement à la réussite du spectacle.

Gilles Charlassier

Orphée et Eurydice, Gluck, mise en scène : Aurélien Bory, Opéra de Liège, octobre 2019

©Opéra royal Liège Wallonie

Les 20 ans du West-Eastern Divan Orchestra, avec Daniel Barenboim, Anne-Mutter et Yo-Yo Ma dans le triple concerto de Beethoven et la 9e de Bruckner à la Philharmonie de Paris
« Jungle Book », un spectacle puissamment visuel au Théâtre du 13è Art !
Gilles Charlassier

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *