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« Jungle Book », un spectacle puissamment visuel au Théâtre du 13è Art !

« Jungle Book », un spectacle puissamment visuel au Théâtre du 13è Art !

21 octobre 2019 | PAR Chloé Coppalle

Jusqu’au 8 novembre, le metteur en scène américain Robert Wilson joue Jungle Book dans le nouveau lieu du Théâtre de la Ville, le Théâtre du 13è Art ! Après avoir participé aux Nuits de Fourvière cet été, c’est pour le Festival d’Automne qu’il revient avec cette pièce.

 

Avec le Théâtre de la Ville, Robert Wilson a produit cette année Mary Said what she said mais surtout la puissante Letter to a man en 2016, d’après le Journal de Nijinsky. Pour le Festival d’Automne, avec qui il collabore depuis 2009, Robert Wilson s’inspire du Livre de la Jungle, paru en 1894 par l’auteur britannique Rudyard Kipling. D’après le communiqué de presse, le projet aurait commencé en 2015 : Emmanuel Demarcy-Motta, directeur du Théâtre de la Ville, défend sa vision du théâtre comme devant s’adresser à tous, et considérer les publics de tous les âges, or Robert Wilson a souvent produit des spectacles en lien avec l’univers de l’enfance, comme Peter Pan  en 2013. Pourtant, même si le spectacle s’adresse aux enfants, il est pointu : commençant en anglais, seuls les dialogues, d’ailleurs peu nombreux, sont en français. Et les rares fois où les personnages se parlent, ils ne se regardent pas. Se tenant bien droits et fixes sur la scène, ce n’est pas à la salle qu’ils s’adressent, or c’est vers elle que sont tournés les acteurs ! Dans le communiqué, le directeur du Théâtre de la Ville présente avec beaucoup de justesse les projets de Wilson comme invitant à  « penser avec les yeux », « sans en tirer de morale ». C’est exactement ce que le spectateur découvre : une pièce beaucoup plus visuelle que narrative, sans fable ! On oublie que l’histoire raconte celle du Livre de la Jungle. Comme si le texte de Kipling servait uniquement de base à Robert Wilson pour pouvoir construire une succession de mises en scène, et non pour jouer réellement un texte.

En fait, Wilson commence l’adaptation à l’arrivée de Mowgli dans la jungle, et l’organise autour d’une succession de tableaux,  séparés par des moments mettant à l’honneur les musiciens, qui se lèvent un à un face au public tout en continuant de jouer ! Les coulisses techniques, dont la musique fait souvent partie, ne sont généralement pas visibles dans le déroulement d’un spectacle, or ici la salle voit les musiciens intégrer  la pièce le temps d’un interlude ! Robert Wilson explique avoir collaboré avec le groupe CocoRosie notamment parce qu’en plus d’être musiciennes, les deux sœurs Bianca et Sierra Casady sont également plasticiennes. Et c’est justement l’effet recherché sur scène : créer un monde. Le spectateur est emmené dans un univers où les codes sont bouleversés : les attitudes sont exagérées, les animaux habillés comme des humains, sans cacher les acteurs, uniquement définis par leurs accessoires ! Shere Khan porte un costume brillant qui imite son pelage, composé d’une veste et d’un pantalon évasé. Bagheera est sensuelle, vêtue d’une grande robe noire en velours. Les costumes et les décors, comme les télévisions accumulées pour imaginer des rochers, inscrivent la pièce dans un univers moins animalier que contemporain et urbain. De plus, la façon dont les personnages évoluent est complètement théâtralisée ! Quand le jeune homme affronte Shere Khan, les bras du tigre essayent de griffer Mowgli, avançant au ralenti vers le visage du « petit d’homme», pendant que celui-ci marque sa peur par une expression très forte, les yeux écarquillés et la bouche grande ouverte face à son ennemi ! Chaque geste était parfaitement orchestré, un travail admirable. Dans un autre tableau, Mowgli, au fond de la scène, avance lentement en allongeant les jambes le plus loin possible, presque en sautant. Chaque fois que son pied touche le sol, un son aigu souligne son geste et rythme son pas. Comme Mowgli, ce sont tous les acteurs qui évoluent selon une sorte de grande chorégraphie théâtrale ! Chaque moment est composé comme une peinture car tout est à sa place : les acteurs, les éléments du décor, la lumière. Pendant une heure et demie, toute la mise en scène est particulièrement millimétrée, précise, construite dans le raccord et l’importance du détail. 

Le spectacle est juste magnifique à voir et en met plein les yeux aux spectateurs, enfants ou adultes ! Un moment de théâtre minutieux et exigeant ! 

 

Visuels : ©Lucie Jansch

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