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Irréparable déchirure de la perte, « Orfeo ed Euridice » arrache l’Amour des enfers.

Irréparable déchirure de la perte, « Orfeo ed Euridice » arrache l’Amour des enfers.

10 avril 2015 | PAR Bérénice Clerc

Les beaux jours reviennent, le soleil réchauffe les corps et la musique toujours revient. Partout elle caresse ou bouscule de ses rayons, Laurence Equilbey lui donna rendez-vous le 8 avril à la Philharmonie 2 pour délivrer sa  fabuleuse version d’Orfeo ed Euricice de Gluck avec Insula Orchestra, Accentus, Franco Fagioli, Malin Hartelius et Emmanuelle de Negri.

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La salle est pleine, déjà à l’écoute quand l’orchestre, le chœur et les solistes montent sur scène. Laurence Equilbey en position sur son promontoire fait naître le premier son.

L’ouverture joyeuse et enlevée ne laisse pas présager de la scène de désolation à venir.

Paré d’élégance Franco Fagioli entre en scène à jardin, il est Orfeo, tout son corps porte sa peine, chaque pore de sa peau hurle sa déchirure, sa perte de l’être aimé, sa femme Euridice est morte, lui vit.

Le premier souffle, les graves, les aigüs de Franco Fagioli résonnent et saisissent toute la salle comme une larme inextinguible sur une joue esseulée.

Laurence Equilbey sculpte une version nouvelle, un élixir composé du mélange de la version originelle en italien pour Castra mais aussi de la parisienne et d’autres alliages subtils dont elle a le secret.

Franco Fagioli est le contre ténor du moment, sa technique est somptueuse, il est engagé, incarné, chaque note est un diamant ciselé avec précision dans l’émotion brutal de l’amour. Il est Orfeo, les spectateurs sont emportés dans sa peine, la douleur de la perte, ne plus sentir, ne plus toucher, appeler Euridice sans réponse, rester seul sur sa tombe sans envie si ce n’est mourir pour la rejoindre ailleurs peut-être.

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La plastique de l’œuvre est superbe, les balances idéales, les notes avancent, la partition semble se créer là pour porter la peine d’Orfeo. Insula Orchestra et Accentus offrent le meilleur de leur palette pour faire apparaître les reliefs et couleurs d’instruments anciens ici et maintenant.

Emmanuelle de Negri, mutine et pleine d’humour est Amour, elle vient proposer un impossible pacte à Orfeo, aller chercher Euridice aux enfers mais sur le chemin du retour ne jamais la regarder ni l’étreindre au risque de la perdre pour toujours.

Orfeo accepte, il mesure la douleur à venir mais ne peut résister à l’envie de retrouver son amour absolu.

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Le passage des enfers exalte la foule des spectateurs, Laurence Equilbey chevauche la partition avec fougue, chaque instrument résonne, les reliefs changent, les couleurs vrillent, vents, cordes, percussions, tout est vie, la puissance d’Accentus résonne et fait vibrer chaque son, l’ensemble délivre une extraordinaire énergie sans limite qu’on aimerait éternelle.

Une dernière note, des bravos, des bravos, des bravos puis l’entracte.

Les spectateurs replongent dans l’univers d’Orfeo ed Euridice, Insula Orchestra et Accentus enlacent les solistes, d’une douceur rare, le solo de flute illumine la salle.

Orfeo retrouve enfin son Euridice, Malin Hartelius campe avec brio l’amoureuse, romantique, forte perdue entre l’amour et la mort, elle souffre du manque de tendresse et de l’absence de regard feint par celui qu’elle aime. Irrépressible tentation du désir, l’étreindre des yeux, l’embrasser, Orfeo ne tient plus il cède à la tentation, un dernier regard, un souffle, elle disparaît à jamais.

Orfeo ne supporte plus sa vie sans elle, la voix de Franco Fagioli  semble irréelle, l’amplitude immense, tout est dosé avec justesse, chanté comme une parole simple. Amour revient, lui annonce le triomphe de l’amour, Euridice revient, sensualité et joie s’installent.

Les trois solistes, Insula orchestra et Accentus montrent une nouvelle fois leur bonheur d’être ensemble, de jouer et de donner à vivre l’histoire puissante et bouleversante d’Orfeo ed Euridice. Précision, solidité, souplesse, humanité et émotions sont au rendez-vous de chaque pupitre emporté par la baguette vive de la chef. Une version concert bien plus forte que certains opéras aux mises en scène creuses et aux égos surdimensionnés.

L’amour triomphe toujours, la musique sauve, Laurence Equilbey avait placé la barre très haute en 2013 pour cette production et réussit encore à monter le niveau de plusieurs crans. L’orchestre toujours plus raffiné et subtile, les prouesses d’Accentus et le choix excellent des partitions et des solistes donnent envie de partager cette œuvre ad lib !

Les bravos fusent, les mains claquèrent longtemps mais hélas pas de bis…

Vous pouvez la regarder ici  et bientôt l’écouter à domicile car un enregistrement est en cours de préparation chez Naïve. Laurence Equilbey en a même fait un « tumblr » !

 

 

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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