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Intégrale des symphonies de Mahler à Lille : « Chaque concert sera un moment unique »

Intégrale des symphonies de Mahler à Lille : « Chaque concert sera un moment unique »

20 février 2019 | PAR Alexis Duval

Entretien avec le directeur musical de l’Orchestre national de Lille, Alexandre Bloch. Pour le jeune chef, c’est la concrétisation d’un « rêve fou ».

C’est l’événement musical de l’année 2019. L’Orchestre national de Lille (ONL) s’attaque à l’intégralité des symphonies de Gustav Mahler. Le sémillant Alexandre Bloch, à la tête de la formation hauts-de-française depuis 2016, a répondu aux questions de Toute La Culture.

Depuis combien de temps projetez-vous ce cycle Mahler ?

Dès mon arrivée, en fait. Pour ma troisième saison à la tête de l’ONL, c’était le moment de m’atteler à un rêve fou !

Il semble que ce soit la première fois en France qu’un chef dirige l’intégrale des symphonies de Mahler. Quelle est votre ambition ?

Vous allez entendre les symphonies de Mahler vues par un jeune chef de 33 ans avec ma fraîcheur et mon exigence. J’ai la chance d’être appuyé par l’orchestre qui m’a soutenu dès lors que j’ai proposé ce cycle, qui par ailleurs s’inscrit dans le cadre Festival Lille 3000. Le thème cette année, l’Eldorado, s’y prête bien !

Quel est votre premier souvenir de Gustav Mahler ?

J’étais violoncelliste au Conservatoire d’Orléans. Et à l’Orchestre symphonique, ils recrutaient des élèves pour renflouer les pupitres des cordes. Ma première série, c’était sur la Deuxième Symphonie. J’étais dans la cathédrale, au fond du pupitre, à l’intérieur, avec une partie des trompettes à côté de moi, l’autre partie derrière moi. J’étais terrorisé au fond de mon pupitre ! Mais c’était un bon choc. Plus tard, j’ai découvert, toujours au violoncelle, la Première, en la jouant.

Le choc d’après, c’était un peu plus tard aux Etats-Unis, quand j’ai écouté la Deuxième par le Chicago Symphony Orchestra et Bernard Haitink. J’étais tellement scotché qu’à la fin de la représentation, je suis resté après la sortie des musiciens et du public, sans pouvoir rien dire. J’ai dû me faire virer de la salle parce qu’il fallait fermer !

Vous avez déjà dirigé certaines de ces symphonies. Laquelle attendez-vous le plus de mener ?

Je sais que ce sera une expérience différente dans tous les cas, tout simplement parce que je dirigerai un orchestre que je connais bien. Je pourrai vous répondre dans un an s’il y a un concert qui m’a le plus marqué. Mais les symphonies de Mahler touchent tellement d’états émotionnels différents que je crois que chacune sera un moment particulier.

Quels ont été vos sources de documentation pour préparer ce cycle ?

J’ai lu beaucoup les échanges épistolaires de Mahler avec son amie Nathalie Bauer, avec son épouse Alma, avec sa famille… J’ai cherché à bien connaître le contexte biographique. En plus des partitions, j’ai aussi beaucoup écouté. Quelle chance d’avoir accès à des enregistrements de gens qui ont connu Mahler. D’autres, comme celui de Sir Simon Rattle ou Sir Roger Norrington, font ressortir beaucoup de détails. Et évidemment, on ne peut pas diriger Mahler sans avoir écouté Bernstein, Abbado, Haitink…

Vous qui avez commencé par le violoncelle, quelle place cet instrument tient dans l’écriture symphonique de Mahler ?

Il s’adapte à tous les instruments ! C’était l’un des plus grands chefs d’orchestre de son époque. Pour ses compositions, il s’est beaucoup inspiré de toutes les partitions qu’il a découvertes dans sa carrière : Beethoven, Berio, Brahms, Wagner… Il s’est servi de toute cette connaissance pour en faire un art de l’orchestration encore plus développé avec un détail technique instrumental très poussé chez tous les instruments, ce qui en fait un challenge exigeant. C’est pour cela qu’à chaque fois qu’on programme une symphonie de Mahler dans une saison, les musiciens sont toujours très contents ! Imaginez quand j’ai proposé l’intégrale…

Vous avez une personnalité très communicative. On sent votre passion par une gestuelle qui accompagne votre direction…

Je ne le fais pas pour le public mais pour les musiciens. Je suis conscient que c’est une création artistique qui va toucher directement le public. Mais les gestes que je fais sont adressés aux musiciens. En concert, mon travail consiste à impulser les choix faits en répétition, de les confirmer, d’aller plus loin, de laisser de la place à la spontanéité. A la fin, ce n’est pas moi qui joue, ce sont les musiciens. Il faut le garder en tête.

Le partage avec tous les publics, c’est au cœur de la démarche de l’ONL, très ancrée à Lille et dans sa région…

Cette valeur ADN, c’est ce qui m’a séduit avec cet orchestre et c’est une des raisons pour lesquelles j’ai postulé en 2015. Elle sera toujours là et nous la développons avec des nouveaux formats, avec des programmes en kaléidoscope d’oeuvres moins connues, comme la Mass de Bernstein en juin 2018… Notre but est de trouver les clés pour attirer des personnes qui ont moins l’habitude de la musique symphonique. Ce qui est important, c’est qu’il y’a aura des concerts à Lille, des concerts en région, des concerts à Paris, où nous jouerons la Cinquième Symphonie en juin. Toutes les oeuvres seront également diffusées en live sur notre chaîne YouTube.

Plus d’informations sur l’Intégrale des symphonies de Gustav Mahler sur le site de l’Orchestre national de Lille. 

Le prochain concert Mahler sera jeudi 28 février avec la 2ème… toutes les symphonies seront en direct sur notre You Tube ONLille  

 

Symphonie n°3 les 3 et 4 avril.

Crédits photo : Ugo Ponte/ONL

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Alexis Duval

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