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Festival Présences 2021 : Pascal Dusapin du Panthéon à l’Auditorium de Radio France

Festival Présences 2021 : Pascal Dusapin du Panthéon à l’Auditorium de Radio France

11 janvier 2021 | PAR La Rédaction

Ce vendredi 8 janvier, la presse a pu se rendre à l’annonce de la programmation du Festival Présences qui aura lieu, avec ou sans public, du 2 au 7 au février 2021 à la Maison de la Radio. Pascal Dusapin, compositeur à l’honneur cette année après George Benjamin en 2020 , nous a non seulement présenté la programmation en compagnie des équipes de France Musiques, mais aussi son œuvre en dialogue avec le plasticien Anselm Kiefer qui a accompagné la panthéonisation de Maurice Genevoix, le 11 novembre dernier.

Par Gilles Charlassier et Yaël Hirsch

C’est donc directement au Panthéon que nous avions rendez-vous pour que Pascal Dusapin mette en marche et présente spécialement pour nous la pièce qui lui a été commandée par le Président de la République In nomine lucis. Imaginée à partir de voix enregistrée, cette création puise dans ce fonds pour créer des boucles diffusées d’une dizaine de minutes, renouvelées tous les quarts d’heure, par des haut-parleurs répartis dans l’acoustique singulière du Panthéon –  et si bien intégrés dans le monument et sa couleur de pierre claire que l’oeil doit parfois les chercher, – , et complétées par les noms de 15 000 morts sur les champs de bataille de la Grande Guerre, qui surprennent de manière quasi stochastique la déambulation dans la nef autour des six installations et deux vastes toiles d’Anselm Kiefer, dans un dialogue fécond de deux imaginaires. Avec son titre emprunté à une page de Giacinto Scelsi, et non à la Bible, In nomine lucise parle d’honneur et de sacré de manière républicaine et laïque. Le rythme des phrases chorales s’adosse au balancement lent du pendule de Foucault et se déploie dans l’incroyable réverbération de l’espace.

In Nomine Lucis, la beauté apaisée 

Il répond aux coquelicots-mémoire rouge sang, aux orages d’acier entassés, aux bicyclettes, aux livres brûlés et aux habits fantômes d’Anselm Kiefer. L’artiste et son atelier se sont imprégnés des mots de Genevoix pour donner parole à « Ceux de 14 » et aussi à « Celles de 14 », mettant en avant la place des femmes. Les terres saturées et suturées des installations ont l’allure d’immenses livres. Si la violence reste palpable, elle s’est apaisée au fil des  années pour Anselm Kiefer, avec une teinte de mystique.

Chez Dusapin, la volonté de réconciliation est encore plus forte, les voix du chœur Accentus dirigé par Laurence Equilbey et enregistrées à la Philharmonie de Paris résonnent douces, quasi angéliques, comme des veilles enveloppantes autour des noms lus par Florence Darel et Xavier Gallais. Cette douceur lumineuse est à mille lieues des violences d’un Otto Dix ou d’un Céline : dans la continuité des commémorations du Centenaire de la Grande Guerre et de l’Armistice 1918 qui nous a rappelé combien, selon le mot célèbre de Valéry, « les civilisations sont mortelles », c’est désormais un moment d’Histoire et une mémoire à présent apaisée, favorable à la contemplation.

Présences 2021: Pascal Dusapin à l’honneur, au milieu de ses contemporains

Après cette puissante introduction absolument habitée, les journalistes ont suivi le compositeur jusqu’au Cinéma du Panthéon pour une présentation exhaustive de l’édition 2021 du Festival Présences, qui rendra hommage à son fondateur, disparu l’an dernier, Claude Samuel (lire notre article). Après l’Allemand Wolfgang Rihm en 2019, et l’an dernier le Britannique George Benjamin (lire notre interview), c’est donc le Français Pascal Dusapin qui sera à l’honneur. Avec au programme pas moins de 35 créations internationales et françaises,  espérons-le avec du public si les conditions sanitaires l’autorisent, cette édition aura de toute façon lieu, diffusée en direct à la Radio – et parfois en différé : même si la Maison Ronde est contrainte de n’accueillir que les musiciens et quelques professionnels, le grand public pourra suivre, au moins dans son salon ce Présences 2021.

Après une quelques mots du directeur de la musique et de la création à Radio France, Michel Orier, et du délégué à la création musicale de Radio France, Pierre Charvet, qui ont resituer le parcours de ce compositeur inclassable, le programme a été déroulé avec l’appui de plusieurs interprètes et compositeurs joués pendant le festival. Les pianistes Jean-Frédéric Neuburger et Vanessa Wagner nous ont parlé du corpus pour piano de Dusapin, un des membres du quatuor Diotima en résidence à Radio France du  Quatuor n°5 de Dusapin, dont la création est prévue le 6 février. Du côté des compositeurs, Eric Tanguy, proche de Dusapin depuis trente ans, aussi bien que la jeune compositrice mexicaine Diana Syrse, sont venus parler de leurs pièces pour une édition où la nonagénaire Betsy Jolas proposera deux nouvelles pièces aux côtés du trentenaire Benjamin Attahir : les générations dialogueront résolument dans ce programme à l’éclectisme assumé, sur lequel Pascal Dusapin n’a pas voulu excercer de censure. Avec d’autres solistes incontournables comme les violoncellistes Sonia Wieder-Atherton, Jean-Guihen Queyras, les organistes Bernard Foccroulle et Olivier Latry, l’Orchestre National de France et l’Orchestre Philharmonique de Radio France, le menu est époustouflant –  et à retrouver sur le site de Radio France. En attendant de voir l’auditorium rouvrir ses portes, on vous donne rendez-vous sur Toute la culture : nous serons de toute façon là pour y chroniquer les concerts.

Visuels : Portrait de Pascal Dusapin © Philippe Gontier / Radio France et photos prises au panthéon © YH et GC

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