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« Le mystère Méliès » : une odyssée du cinéma

« Le mystère Méliès » : une odyssée du cinéma

11 janvier 2021 | PAR Salome Helgoule Vallot

Qualifié de grand cinéaste, illusionniste ou encore chef d’orchestre, Georges Méliès est indubitablement le créateur du cinéma tel que l’on connait aujourd’hui : « Le Voyage dans la Lune, extraordinaire par sa complexité, sa longueur, c’est Avatar ! » s’exclament dans une interview à Télérama Serge Bromberg et Eric Lange, les deux réalisateurs du documentaire disponible sur Arte. 

Une vie romanesque

Loin d’être destiné au monde du cinéma, la providence semble même ramener toujours Georges Méliès vers son héritage familial. Né en 1861 dans une famille plutôt aisée, il rejoint rapidement l’entreprise de son père, spécialisée dans la production de chaussures de luxes, et épousera quelques années plus tard Eugénie Génin, la fille d’un autre marchand de chaussures. Le métier ne lui plait pas et quand ses parents l’envoient à Londres pour perfectionner son anglais il découvre les spectacles de magie, pour lesquels il vouera ensuite une véritable passion. Devenu maître dans l’art de l’illusion, il revient à Paris et se produit sur scène. 

En 1888, lorsque son père part à la retraite, Georges Méliès utilise son héritage pour acheter le théâtre Robert-Houdin où il performera des spectacles de magie en compagnie d’autres prestidigitateurs. Trois ans plus tard, il crée l’Académie de prestidigitation. Mais c’est le 28 Décembre 1895 qui marquera le début de la grande aventure Méliès. Invité à la première projection des frères Lumière il découvre le Cinématographe, une machine qui projette plusieurs photos à court intervalle, donnant une impression de mouvement. Méliès est subjugué : il imagine déjà tout ce qu’il pourrait faire avec cette machine.

Il fonde la société de production Star Film et commence à projeter des films dans son théâtre : d’abord dans la veine des frères lumières, il se dirige rapidement vers un genre plus original, celui de la féerie. Son « imagination sans fin, constamment en éveil et constamment en œuvre » lui permet de créer de multiples trucages qui donnent vie à un univers plein de fantaisie. En 1902, il réalise Voyage dans la Lune, qui attire rapidement l’intérêt de la concurrence, dont celle de Charles Pathé, qui en plagie plusieurs scènes. Mais la technique de Méliès n’est jamais égalée et la Star film acquiert une renommée mondiale. 

Le chef d’œuvre disparu

Mais bientôt le cinéma devient une véritable industrie : il faut produire plus et plus vite. Les féeries passent de mode. Malgré son film sur l’affaire Dreyfus, il n’arrive pas à s’adapter à la nouvelle mode qui se veut plus sérieuse. Méliès essuie les échecs et sombre peu à peu dans l’oubli : la Star film doit fermer. En 1923, il détruit toute son œuvre par le feu dans un moment de désespoir. Il ouvre un magasin de jouets avec sa seconde épouse à la gare Montparnasse. Heureusement, la nouvelle génération de cinéphiles s’intéresse à son œuvre et Méliès revient sur le devant de la scène. Mais il ne reste que huit de ses films, dont les pellicules abîmées ne permettent pas des projections de qualité.

Commence la quête de ce chef d’œuvre disparu : et c’est la petite fille de Mélès, Madeleine Malthête-Méliès, qui va s’atteler à cette dure tâche la première. Des copies gardées chez des collectionneurs refont surface, et ce, partout dans le monde. Mais c’est la découverte de 2016 qui permettra à l’œuvre de Méliès d’être enfin convenablement restaurée : les restaurateurs de la société Losbter découvrent les négatifs de quatre vingt films à la bibliothèque du Congrès, aux Etats-Unis. S’ils sont d’abord étonnés, ils comprennent rapidement que ces négatifs sont ceux qui appartenaient au frère de Méliès, Gaston, qui avait été chargé de créer une succursale de Star film aux Etats-Unis. Georges Méliès filmait en fait avec deux caméras différentes : si le mystère semble vite résolu, l’histoire de ses négatifs, raconté en détail dans le documentaire, est abracadabrantesque. 

Un fabuleux retour en arrière

Le documentaire de Serge Bromberg et Eric Lange est passionnant. Plus qu’un documentaire sur l’œuvre de Georges Méliès, c’est un documentaire sur l’histoire du cinéma : ses débuts, ses techniques, ses transformations… Les premières projections de film, par exemple, qui constituaient de réels spectacles : forains, danseuses, musiciens, autant d’ornements qui faisaient de la projection une expérience également auditive et olfactive. Puis l’industrialisation du cinéma avec les changements de mode, de techniques, et le début de la concurrence : des grands noms familiers, comme Charles Pathé font écho à nos oreilles. 

(Re)découvrir l’histoire de Georges Méliès ne peut être qu’un enchantement : de la féérie de ses films aux drames de sa vie, tout ce qui est conté dans le documentaire est incroyablement touchant. Le documentaire dresse le portrait d’un homme talentueux et ambitieux, dont les productions sont remarquablement belles esthétiquement, mais également très intrigantes. D’autant plus que, comme l’explique les réalisateurs du documentaire, le cinéaste est méconnu du grand public. Pourtant, il est le père des effets spéciaux. Et si ceux-ci rivalisent désormais de technicité, découvrir leurs balbutiements est peut-être encore plus impressionnant pour les cinéphiles d’aujourd’hui.

Crédits visuels : ©DomainePublic

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Salome Helgoule Vallot

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