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[Live Report] Renaud Capuçon et le philharmonique de Radio France dans Dusapin

[Live Report] Renaud Capuçon et le philharmonique de Radio France dans Dusapin

28 janvier 2015 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce lundi soir, la grande salle de la philharmonie de Paris accueillait l’orchestre philharmonique de Radio France pour une création de Pascal Dusapin, Aufgang, Concerto pour violon et orchestre interprété ce soir par Renaud Capuçon ainsi que la Quatrième Symphonie en mi mineur, opus 98 de Brahms.

A propos du titre de son concerto le compositeur explique que «  L’image la plus proche de mon intention reste celle d’une Levée de lumière (Aufgang des Lichts) ». Créée en Allemagne à Cologne par Renaud Capuçon et le WDR Sinfonieorchester Köln le 8 mars 2013, l’œuvre était donnée pour la première fois sur une scène française. C’est en 2008 que Pascal Dusapin sous la sollicitation de Marek Janowski débuta la composition de son concerto pour violon. Néanmoins, ne trouvant pas le violoniste en accord avec son projet, il cessa son travail jusqu’à sa rencontre en mars 2009 avec Renaud Capuçon qui lui fit part de son désir de créer l’une de ses œuvres. C’est en octobre 2011 que Dusapin achèvera finalement la composition. Une genèse difficile qui explique sans doute le combat incessant entre ombre et lumière mis en musique par l’opposition constante entre les sonorités suraiguës du violon et la gravité de l’orchestre, tant dans les notes que dans la texture musicale.

Si l’œuvre par sa difficulté et par l’engagement qu’elle demande aux musiciens impressionne et séduit largement, au vu des applaudissements que reçurent soliste, orchestre et compositeur, il nous apparut néanmoins que la narration restait difficile à cerner. Que nous raconte-t-on? Quel imaginaire suggère-t-on ? La notion d’élévation ne semble ici présente que par les hauteurs vertigineuses qu’atteint le soliste. La dualité constante dans les 1er et 3e mouvements entre orchestre et soliste nous ramène indubitablement sur terre, le combat est d’ailleurs tellurique, tandis que le fracas dans lequel se clôture l’œuvre nous fait là encore redescendre brutalement. Seul le second mouvement, avec sa méditation où rêverie suspendue, aérienne, portée par la flûte rappelant le Shakuhachi (flûte chinoise en bambou) semble nous transporter et nous élever. L’élévation recherchée par le compositeur était-elle uniquement liée à l’ordre d’un phénomène physique où bien métaphysique et philosophique ? S’agissait-il réellement de trouver la transcendance ?

L’œuvre de Pascal Dusapin joue sans cesse sur l’ambiguïté et de ce fait nous déstabilise. De la même manière que le soliste entre en conflit avec l’orchestre, elle place l’auditeur lui-même en situation de conflit. L’instabilité constante du caractère, le combat obsessionnel, et le morcellement du discours narratif qui en résulte, tendent à perdre l’auditeur.  Ainsi, comme hypnotisé par les suraiguës pianissimo du violon, par l’inertie et le minimalisme de l’orchestre, il se laisse happer dans un univers surnaturel, mais se retrouve brutalement coupé dans son élan. L’ascension ne peut de fait jamais réellement se réaliser, et l’on ne peut se complaire où se lover dans de mystiques hauteurs. Le premier mouvement, comme l’entièreté de l’œuvre est une véritable montagne russe, le violon tire de ses sons cristallins l’orchestre vers le haut, puis chute, se confond avec lui, se débat, tout s’entremêle et s’entrechoque avec violence. Le soliste termine sur un fil, et l’introduction se clôt  dans l’étrangeté par laquelle elle avait débuté. Le second mouvement est le plus narratif, chantant et poétique. Le soliste y exploite cette fois-ci les graves, entre lentement dans l’intrigue puis revient au combat avec des vents percussifs. De nouveau le fracas se fait entendre, puis le calme réapparait pour un moment de sérénité : cette fameuse méditation où moment introspectif portée par la flûte.  Le final est abrupt, le soliste y écrase les cordes, ainsi rage, fulmination, instabilité et surtout obsession sont ici les maîtres mots. Après cet ultime combat, l’œuvre se clôturera dans un tumulte assourdissant. Que l’on ait apprécié où que l’on soit resté de marbre face à cette œuvre, il faut reconnaître l’impressionnante prestation de Renaud Capuçon face à une partition épique qui nous a permis de le découvrir dans un autre registre, dans de nouvelles sonorités, mais surtout dans un engagement plus naturel qu’à l’habitude.

Après l’entracte était donné la 4e Symphonie de Brahms. Plus traditionnelle que les précédentes, elle est épanchement naturaliste, aventurière  mais porte les tonalités austères annonciatrices de l’hiver. L’interprétation de ce soir jouait de bout en bout sur l’ampleur, la grandeur, accentuant par la même la noirceur. Néanmoins elle nous parût parfois manquer de subtilité, de contraste. Chung choisit ici d’être plus dans la force et de renforcer la témérité que de renforcer le mystère et le fantastique de l’œuvre. Si le second mouvement demeure solennel il nous sembla manquer un peu de précaution, de finesse, de contraste de nuances. L’allegro Giocoso sera martial et conquérant, le chef exploitant toujours plus le registre de la force comme pour mieux nous préparer à L’Allegro Energico e passionato qui suit, fougueux à souhait, débordant, robuste et monumental, l’orchestre se posant en monument.

Visuels: Chung et Dusapin ©JF Leclercq – Une: Matt Eneck

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