Classique

Et si tout commençait par une chanson ?

Et si tout commençait par une chanson ?

11 mai 2017 | PAR Antoine Couder

Pierre-Yves Macé, l’Orchestre de chambre de Paris et Les cris de Paris ont collecté pendant plusieurs mois des chansons auprès de personnes des quatre coins du monde. On a pu assister à un première restitution à la Cité de l’immigration.

Dans un ouvrage aussi technique que passionnant, Elisabeth Hellmuth Margulis développe un long propos sur la cognition musicale, démontrant notamment que la répétition musicale permet à chacun de mieux se retrouver, et trouver une connexion entre l’intime et le social (« On repeat : How music plays the mind », Oxford University Press, 2014). Ce n’est donc pas un hasard si – à mesure que les enregistrements avançaient, « les chants transmis provenaient de racines de plus en plus profondes » comme le note le violoncelliste Etienne Cardoze, membre de l’Orchestre de chambre de Paris, parce que répéter, en l’occurrence rechanter ce que l’on connaît littéralement par cœur est une façon très concrète d’exister, au-delà de toutes considérations psycho-sociologiques. Reste la musique en tant que telle, des interprètes et des musiciens, des chants, presque des murmures mélodiques venus de Chine, du Portugal, de Côte d’Ivoire, de Colombie, d’Ukraine dont Pierre-Yves Macé a tiré un corpus qui constitue l’argument d’une œuvre originale Chansons migrantes, pièce pour orchestre de chambre, choeur mixte et enregistrement.

Clairement, il fallait de la modestie pour faire de la musique un solide écrin de ces voix qui s’élèvent, originales et pourtant familières, et le compositeur semble l’avoir bien compris. Tantôt, son orchestre où les « souffleurs » dominent sur les cordes part à la recherche du motif mélodique, tantôt il s’emploie simplement à accompagner les voix afin de nous préparer à une tentative de fusion qui va profiter d’un chant africain pour flirter avec le free jazz et afro-jazz. On aura entretemps parcouru plusieurs variations atonales qui, en effet, peuvent elles aussi trouver une place dans ces chants du monde qui se concluront doucement par des chants d’enfants.

Un mot, quand même, sur le programme de la soirée et de sa tentative réussie d’instaurer un fil rouge autour de la musique populaire ; avec Smetana d’abord (deux premiers mouvements du Quatuor à cordes n°1 en mi mineur « de ma vie » qui nous balade sur les boulevards des grandes villes du dix neuvième siècle européen entre burlesque et lyrisme candide). Avec Britten pour faire suite, dans un extrait de « A boy was born » (In the bleak mid-winter ) avec qui on passe le siècle en y ramenant le suc brillant des vieux chants de Noël. Avec Sibelius enfin et le magnifique Rakastava interprété ici en suite chorale par les Cris de Paris, une œuvre courte et pleine de surprise d’où se dégage une sorte de lassitude devant la beauté du monde tout simplement magnifique. A découvrir.

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », une autofiction portée par l’histoire de la musique enregistrée qui a été sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il écrit actuellement une fiction anthropologique se déroulant entre l’Allemagne, la Suisse et la France.

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