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Don Quixote au château de Montal : une création mi-figue mi-raisin

Don Quixote au château de Montal : une création mi-figue mi-raisin

17 août 2022 | PAR Hélène Biard

La musique de Richard Strauss (1864-1949) est de celles qui ont le don d’illuminer les soirées du public, quel que soit le nombre de musiciens présents sur scène et malgré une partie théâtrale pas toujours très heureuse.

Don Quixote, le poème symphonique composé en 1897 par Richard Strauss (1864-1949) est au cœur de la soirée. Et s’il y a lieu de se poser des questions quant à la « pièce » qui accompagnait ce chef d’œuvre, la réorchestration d’Arthur Lavandier (né en 1987) pour un orchestre de douze musiciens est une réelle réussite.

Une partie théâtrale peu convaincante

La metteure en scène Raphaëlle Cambray et le comédien Eliott Jénicot ont écrit le texte que ce dernier a ensuite déclamé sur la scène. L’intention est certes bonne, mais c’est déjà une curieuse idée de mettre Strauss au centre de l’histoire. Si montrer le compositeur en plein effort de composition est une chose qui mérite que l’on s’y intéresse, était-il bien nécessaire pour Jénicot de forcer autant le trait ? Certes, sur la scène installée pour l’occasion, se trouve un comédien talentueux et plein d’humour, mais ses belles qualités auraient été mieux utilisées au service d’un texte plus simple, voire même au service du livre de Cervantès (1547-1616) lui-même. La bataille contre les moulins ou celle contre les moutons et leur berger, récitées par Eliott Jénicot, auraient sans aucun doute pris une tournure très forte dans la cour du charmant château de Montal.

La mise en espace de Raphaëlle Cambray est assez simple et contrebalance habilement les pitreries pas toujours très heureuses du comédien (l’introduction sous forme de dialogue entre deux grands bourgeois peu au fait du spectacle qu’ils vont voir n’était vraiment pas utile). Cambray a eu l’excellente idée d’intégrer les musiciens ; c’est d’autant plus appréciable qu’ils sont peu nombreux et sont prompts à réagir aux traits d’esprit quelquefois hilarants du comédien.

La musique de Strauss est interprétée par des musiciens très en forme

L’imposant orchestre straussien n’aurait pas franchement été adapté à ce spectacle de théâtre musical monté sur une commande du Théâtre des Champs-Élysées (il y sera présenté courant 2023) et créé en ce chaud dimanche soir d’été à Montal. C’est pourquoi le jeune compositeur Arthur Lavandier (né en 1987) a arrangé ce chef-d’œuvre orchestral pour un ensemble de douze musiciens. On ne peut que saluer la haute qualité de l’interprétation des instrumentistes ainsi que leur engagement au service de la musique de Strauss ; des violons au cor et au piano, chacun interprète sa partition sans faiblesses. Les tempi et les nuances adoptés sont quasi parfaits et même s’ils jouent entre deux textes (excepté les variations six et sept enchaînées après un sketch sans véritable intérêt) la concentration est totale. Ainsi, l’interaction entre Eliott Jénicot et les musiciens fonctionne à fond, le meilleur moment étant le dialogue entre le comédien et le pianiste qui reprend le mot de Joseph II « il y a trop de notes ».

Malgré donc l’écriture d’un texte peu convaincant, l’arrangement de Lavandier de la musique de Strauss pour douze musiciens est une réussite et l’interprétation de cet orchestre de poche est idéale. Cette création laisse un arrière-goût d’inachevé malgré toutes les bonnes intentions d’Eliott Jénicot et de Raphaëlle Cambray qui ont eu la main un peu lourde.

La suite du festival de Saint-Céré est ici.

Visuel : Eliott Jénicot © Loran Courrau

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Hélène Biard

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