Classique

Bordeaux sous le signe de Sibelius

Bordeaux sous le signe de Sibelius

15 février 2019 | PAR Gilles Charlassier

Tandis qu’au Grand Théâtre vient de s’achever le cycle de représentations du Barbier de Séville, l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine troque la fosse pour le plateau de l’Auditorium, sous la baguette de Fabien Gabel, dans un programme associant Sibelius et l’hommage d’Eric Tanguy avec le Concerto pour piano et trompette de Chostakovitch, sous les doigts virtuoses du jeune Seong-Jin Cho.

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Icône nationale de la Finlande, Sibelius n’a pas toujours été prophète, en France en particulier. Son œuvre ne correspondait pas à une certaine lecture de l’histoire par l’avant-garde aux commandes de la scène musicale au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Ce mépris est désormais révolu, et il n’est plus honteux, pour un compositeur d’aujourd’hui de se réclamer de l’héritage de Sibelius. Pour célébrer le cent-cinquantième anniversaire de sa naissance, en 2015, l’orchestre de Jyväskylä a commandé une pièce à Eric Tanguy, Matka – mot qui signifie « voyage » – et qui est donnée en ouverture du concert dirigé par Fabien Gabel. De près d’une vingtaine de minutes – au lieu des dix annoncées par erreur, la page porte très bien son titre : l’oreille est invitée à une immersion symphonique modulant une matière thématique mouvante que le maître nordique n’aurait pas reniée, même si les teintes et les textures sont un peu plus denses, héritières parfois de l’art d’un Dutilleux dans la recherche d’alchimies subtiles. A défaut de véritable innovation, l’inspiration témoigne d’une évidente maîtrise des potentialités orchestrales que le chef sait mettre en valeur efficacement.

D’une écriture à la virtuosité étourdissante, non sans parenté avec le Prokofiev de la même époque, au début des années trente, le Concerto n°1 pour piano, trompette et orchestre à cordes opus 35 de Chostakovitch offre une tribune idéale au talent précoce de Seong-Jin Cho. Ce dernier survole avec un naturel confondant la vélocité exigée par la partition, sans jamais sacrifier la fluidité poétique que recouvrirait un cabotinage pourtant très tentant. Le Lento affirme un sentiment intense et sincère, sans négliger la retenue, prolongée par un bref Moderato, quand le finale déploie une énergie irrésistible, relayée la volubilité sans faille du clavier comme de la trompette de Laurent Dupéré. En bis, le soliste coréen réserve une sarabande de Bach où se devinent des marges de maturation : le jeune prodige a devant lui les promesses d’une carrière déjà bien lancée depuis sa victoire au concours Chopin en 2015.

Après l’entracte, Sibelius est mis à l’honneur, et non plus de manière posthume, avec la Symphonie n°5 en mi bémol majeur opus 82, où se reconnaît un art inimitable de la couleur orchestrale et du flux musical. La mise en place du premier mouvement n’est pas toujours sans reproches, et l’on sent que les pupitres de l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine prennent parfois leurs marques. L’Andante, palpitant d’une sensibilité remarquable, n’en est plus à apprivoiser l’originalité d’une œuvre qui s’épanouit dans un finale s’acheminant vers un coda dilatant une luminosité irradiante : les ressources du plateau et de la baguette communient dans une saisissante péroraison, dénuée de toute rhétorique hors sujet. Une lecture qui pourrait augurer d’une intégrale des symphonies de Sibelius par la phalange bordelaise : la discographie n’est pas encore saturée.

Concert Orchestre national Bordeaux Aquitaine, Tanguy, Chostakovitch, Sibelius, direction : Fabien Gabel, Auditorium de l’Opéra national de Bordeaux, 14 et 15 février 2019

©ONBA

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