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Beethoven par le Quatuor Capuçon au Printemps des Arts

Beethoven par le Quatuor Capuçon au Printemps des Arts

31 mars 2019 | PAR Yaël Hirsch

Ce week-end de Printemps des Arts est marqué la présence sur le Rocher du violoniste Renaud Capuçon. Samedi 30 mars, il s’est prêté au jeu des questions de David Christoffel le matin. Et le soir, il a réuni son Quatuor Capuçon pour deux oeuvres intenses de Beethoven à l’Opéra Garnier..

La matinée a commencé sous un grand soleil chaud, quasiment d’été et nous a menés vers l’Opéra Garnier, à la Rotonde pour entendre l’interview de Renaud Capuçon par le musicologue David  Christoffel. La salle était joliment pleine pour entendre le grand violoniste. « La somme de mes disques est un peu comme un album photo de ma vie musicale », a expliqué le violoniste que son dernier album dédié à la musique de films a mené … à l’Olympia.

Parlant du programme de ce samedi soir, au menu duquel figuraient deux quatuors de Beethoven, le musicien a eu du mal à dire quelle est son œuvre préférée de Beethoven, cela dépend de l’humeur. Mais il imagine que les musicologues fonctionnent de même :  “Si les musicologues se lèvent du pied gauche ou droit », ils doivent estimer que telle ou telle œuvre est plus importante.

Sur Bartok, au programme de ce dimanche, Capuçon a dit que  jouer ses deux concertos était son choix affirmé auprès de Marc Monnet, le directeur du Printemps des Arts. Pour interpréter les deux œuvres, le violoniste a expliqué qu’il aimait suivre la démarche intellectuelle du compositeur et analyser son rapport à la musique folklorique, mais il a insisté sur le fait de ne pas imposer de doxa sur l’interprétation et d’interroger les émotions. « Je suis anti-dogme pour jouer de la musique ».

Sur sa tonalité préférée, il a dit avoir une idée arrêtée : le ré mineur lui parle depuis toujours. Et sur l’éclectisme de ses choix, il s’est expliqué : « Il y a de la bonne et de la mauvaise musique, si j’en choisis une c’est de la bonne musique qu’il s’agisse de Wolfgang Rihm, Guillaume Connesson,  Benjamin Attahir ou du Enio Morricone. Ma discographie illustre mon appétit musical qui est grand ». Sur sa suractivité Renaud Capuçon a une explication ontologique : « les gens qui ne font pas autant que vous pensent que quand vous faites plus qu’eux vous êtes boulimiques. Mais on n’est pas pareil ». Comparant la rareté de Radu Lupu et la presence de Daniel Barenboim sur tous les fronts, il a conclu qu’ils étaient on ne peut plus différents et néanmoins deux éblouissants pianistes.

Le Grand échiquier de Renaud Capuçon

Alors qu’il a fait le Grand échiquier ressuscité à la télévision, cette semaine, le violoniste est aussi revenu sur sa relation avec Jacques Chancel. Et sur une idée de David Christoffel, il s’est prêté au jeu des questions chères au journaliste. Réponses à retrouver sur notre Igtv : 

 

A l’opéra gravier de @monaco pour le @printempsdesartsmc

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La journée a été glorieuse et ensoleillée et nous avons pu découvrir la plage publique de Monaco où les gens courent, se baignent, et suivent leurs personnal trainer: le Larvotto.

Un samedi soir avec Beethoven et Kagel

Le soir, c’est très élégants et quasiment en surnombre que les monégasques et tous les mélomanes de la région se sont retrouvés à l’Opera Garnier pour le concert.

Le directeur du Printemps des Arts, Marc Monnet, a reçu le public et présenté le programme du week-end avant que le concert ne commence.

Comme tout au long de cette édition du printemps des arts, l’inventif Mauricio Kagel, maitre de Marc Monnet, était à l’honneur. La public a pu découvrir Pandora’s box (1960), une pièce pour Bandoneon (accordéon argentin) par Jean-Etienne Sotty. Assis sur un tabouret qui tourne à 360 degrés, le musicien a joué au sens le plus fort du mot la sortie des malheurs de l’humanité de sa boîte à musique. Sifflant, ricanant à voix haute, tapant sur le bord de son instrument comme sur une percussion et jouant aussi de la rotation de son fauteuil pour moduler le son, il nous a livré un jeu saisissant, hirsute et néanmoins avec une sorte de liant qui nous plongeait dedans et un brin de familiarité populaire qui a fini de nous charmer. A croire qu’on se serait ennuyé sans tout ce qui est sorti de cette boite. Une composition et une interprétation jouissives et fascinantes.

Ambiance tamisée, les rideaux pourpres qui masquent l’incroyable vue sur mer de l’Opéra se serrent encore et le quatuor réuni, il y a quatre ans de cela, par Renaud Capuçon entre en scène: on y trouve le violoniste Guillaume Chilemme, l’altiste Adrien La Marca et le violoncelliste Edgar Moreau. Le programme est tout aussi beethovenien que la veille (lire notre article) et il y a aussi deux « derniers » quatuors bout à bout (c’est le 4 e concert de quatuors de Beethoven à cette édition du festival) mais un peu moins long que le vendredi (1h10).

On commence avec le tout dernier quatuor, le no 16 en fa majeur opus 135, étonnamment plus académique sur la forme que ceux entendus la veille. Le premier violon commence donc dans un premier mouvement qui semble nous replonger au cœur du romantisme. Les solistes peinent un peu à trouver leur voix commune, mais se trouvent dans la lenteur chantante du deuxième mouvement.

L’intensité monte, sous l’égide Renaud Capuçon. On attend un peu le mouvement suivant qui fait la part belle à Edgar Moreau, et Adrien Lamarca se fait entendre dans son dialogue avec Capuçon. La fin du mouvement semble hésiter, mais la joie revient avec la vivacité du dernier mouvement battu du pied par Renaud Capuçon.

Malgré la rupture d’une des cordes du violoncelle d’Edgar Moreau, le deuxième quatuor no16 en fa majeur op. 135 est beaucoup plus convaincant : les musiciens l’abordent avec plus de lenteur et d’intensité et semblent avoir trouvé leur rythme ensemble, un rythme où les trois autres membres du quatuor font un écrin à Renaud Capuçon, le violoncelle étant particulièrement doux et enveloppant.

Les pizzicati de la fin du premier mouvement sont un enchantement et le rythme enlevé du deuxième mouvement est à nouveau battu du pied par le premier violon. L’alto finit de nous séduire dans un troisième mouvement à la lenteur maîtrisée. Enfin, la mythique énigme du dernier mouvement « Muss es sein? » « Es muss sein » du dernier mouvement est un moment de communion tout à fait communicative.

L’on sort du concert avec l’impression d’avoir vérifié que la redoutable forme quatuor est très exigeante et aussi avec une sensation de printemps et de fête.

Et nous sommes tristes de quitter Monaco, notamment de ne pas assister aux deux concertos de Bartok que Renaud Capuçon joue ce soir avec le BBC symphonic Orchestra.

Le printemps des Arts dure jusqu’au 14 avril, ne manquez pas la suite des concerts à commencer par Schutz par Le Cris de Paris vendredi prochain.

Visuels: YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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