Performance

Of Balls, Books and Hats : Julien Prévieux à la Ménagerie de verre

31 mars 2019 | PAR Bénédicte Gattère

Dans le cadre du festival Étrange Cargo, Julien Prévieux livre une réflexion subtile sur l’Intelligence Artificielle. Sujet d’actualité s’il en est, il le traite avec finesse, misant sur un travail précis de la gestuelle de ses performeurs.

Le metteur et scène et concepteur de cette pièce – précisément très conceptuelle – est plus connu pour ses faits en arts visuels. Avec Of Balls, Books and Hats, Julien Prévieux pose la question de notre rapport aux objets « smart » et aux robots doués d’intelligence. Même si cette dernière serait « artificielle », ils apprennent à répondre aux besoins des êtres humains, à leurs émotions et intègrent leur langage. Ils nous ressemblent, comme ces interprètes bien sûr qui les incarnent devant nos yeux. Seulement voilà, il y a quelque chose qui déraille dans la machine. Comme un bug dans la matrice. Le premier dialogue qui tourne en boucle autour d’une distribution d’objets donne le ton. Avec leurs réponses pré-enregistrées, ceux qu’on devine rapidement être des robots ne parviennent pas à régler le problème de la répartition de chapeaux, livres et ballons…

Mobilisant l’humour dont il avait déjà fait preuve avec ses Lettres de non-motivation, Julien Prévieux s’aventure aux frontières de l’absurde. Avec bonheur et une forme de jouissance désespérée, il amène ses quatre performeurs à s’amuser avec le langage et les processus d’apprentissage des machines. De temps à autre, une voix off égrène leurs progrès ou relate un de leurs faits d’arme. Comme l’histoire de Sergent Star, le chatbot de l’armée américaine qui a procédé au recrutement de plus de 45 000 soldats en un an.

Loin d’être une simple critique de la déshumanisation de nos sociétés, la pièce nous amène à nous interroger sur la place de l’intelligence artificielle dans le monde à venir. Frôlant avec le dérisoire, les parodies de conversations et de jeux des robots, nous montrent au contraire combien ils se rapprochent de l’humain, dans leurs échecs, leurs ratés et leurs malentendus aussi. Cependant, comme le suggère le dernier tableau, ces robots ne nous préparent-ils pas à « être de plus en plus précaires [face à l’I.A.] afin de préparer [notre] propre licenciement » ? Et si les machines nous mettaient hors-jeu ? C’est une question qui plane depuis longtemps déjà dans l’histoire de la science-fiction ; Julien Prévieux la réactive avec un aspect très visuel, jouant sur les couleurs primaires, jaune, rouge, bleu et des objets du quotidien simples et basiques comme des seaux ou des ballons. La mise en scène d’une grande sobriété nous invite ainsi à se faire nous-mêmes notre propre opinion, entre gravité et légèreté, sur la question de l’I.A..

 

 

L’Étrange Cargo 2019

Du 12 mars au 6 avril

à la ménagerie de verre,

 

Toutes les informations ici.

 

Visuel : © 2019 Ménagerie de verre

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Bénédicte Gattère
Étudiante en histoire de l'art et en études de genre, j'ai pu rencontrer l'équipe de Toute la culture à la faveur d'un stage. L'esprit d'ouverture et la transdisciplinarité revendiquée de la ligne éditoriale ont fait que depuis, j'ai continué à écrire avec joie et enthousiasme dans les domaines variés de la danse, de la performance, du théâtre (des arts vivants en général) et des arts visuels (expositions ...) aussi bien que dans celui de la musique classique (musique baroque en particulier), bref tout ce qui me passionne !

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