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[Chronique] « Amour massif » de Nosfell : valse cérébrale et sensuelle

[Chronique] « Amour massif » de Nosfell : valse cérébrale et sensuelle

27 février 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Nosfell a une manière de faire et un ton très personnels. Ils peuvent dérouter, mais ils font aussi tout son prix. A la façon d’un Jean-Louis Murat, qui creuse calmement le même sillon sur toutes les chansons d’un album, ou d’un Dominique A aux envolées lyriques intellectuelles, il jette ses mots hors de lui-même, sans retenue. Mais avec talent. A moins d’être allergiques à cette frange vaporeuse de la chanson française, écoutez cet Amour massif, traversé de fulgurances.

Amour massif[rating=3]

L’intro d’Amour massif, quatrième album de Nosfell, est sublime: voix très haute, juste -elle va redescendre par la suite- arrangements instrumentaux discrets, épure bienvenue. La langue usitée, le « klokobetz », totalement inventée -à la manière du kobaïen de Magma– s’accorde parfaitement à cet univers.

Puis vient le français, enfin assumé (ses précédents albums ne présentaient que des chansons en klokobetz). Dès le deuxième morceau, « Amour », on perçoit que Nosfell a décidé de jeter ses sentiments hors de lui, par des mots sincères. Ça passe ou ça casse. On s’attend dès lors à un exercice de funambule.

Heureusement, l’artiste, par ailleurs compositeur talentueux de toutes ses musiques, a plus d’un tour dans son sac. Il a Dominique A, qui lui signe les paroles de « Même si la mer ne dit rien » et de « Dans des chambres fantômes » : dans le premier cas, l’association marche à fond, à renfort de notes de guitare parfaitement amenées, composant une chanson quasi pop, et dans le deuxième s’invitent les violons, qui tranchent et font du bien. Il a l’anglais, qui lui permet de signer, avec « Rubicon », un morceau rock émaillé de subtiles percussions, avec une gueule parfaite de single. Il a Dick Annegarn, qui lui permet de nous transporter avec « Ile Mogador » et son tempo entraînant, ou de nous perdre avec « Une voie divine », plus plaintif et moins réussi. Plus quelques envolées lyriques, classiques dans cette famille de chanteurs: réussies sur « Fathers + Foes » ou un peu excessives, comme sur « Hands ».

Il est excellent lorsqu’il reste brut, sans trop d’effets. Ainsi, son « Sur la berge » apparaît nimbé d’un voile exotique malvenu. Ce qui fait son prix, c’est le ton vaporeux et insaisissable, marginal, mais salutairement, qu’il sait amener dans une oreille. Ce qui pourrait paraître casse-cou et en définitive dérouter émeut. Pour une raison: le talent, tout simplement. Dans la composition, épurée, et dans l’interprétation, que d’aucuns pourraient trouver sensuelle.

Changements de voix, de styles, de langue… On ne s’ennuie pas avec Nosfell. Depuis Pomaïe Klokochazia balek –relisez-le, vous comprendrez mieux- son premier album, nominé au Prix Constantin, il n’a pas renoncé à ses premières sirènes. Peut-être les a-t-il retournées contre nous… Attention, elles vous appellent…

http://www.youtube.com/watch?v=oys7grxS0u0

Nosfell, Amour massif, 2014, Scherzo et Likadé, 49 min

Visuel: © publicité de l’album Amour massif

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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