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Ouverture de saison de l’Orchestre National de Lille sous le signe de Copland, Haydn et Bartok

Ouverture de saison de l’Orchestre National de Lille sous le signe de Copland, Haydn et Bartok

26 septembre 2020 | PAR Gilles Charlassier

Retrouvant le public dans sa salle du Nouveau Siècle pour la première fois depuis le confinement en mars dernier, l’Orchestre National de Lille ouvre sa saison, dans le respect des consignes sanitaires, avec un programme associant Copland, Bartók et Haydn, sous la baguette de son directeur musical, Alexandre Bloch.

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La crise sanitaire a durement frappé les salles de concerts et les formations symphoniques, et les contraintes associées ont conduit les orchestres à revoir leur programmation, au moins pour le début de cette saison. Les adaptations se sont faites tant sur le plan artistique, en raison des limites dans la mobilité internationale des artistes comme dans l’utilisation du plateau, qu’à l’échelle administrative et commerciale – ainsi, par exemple, la mise en vente des billets, d’une jauge réduite aux deux tiers, à un peu plus de six cents sièges, se fait par période de deux mois. Le public a répondu présent pour le concert d’ouverture de la saison de l’Orchestre national de Lille, la quatrième placée sous la direction d’Alexandre Bloch.

Le chef français a choisi de tirer parti des circonstances particulières pour mettre en valeur son orchestre par groupes de pupitres, souvent plongés dans le maelström symphonique. Entonné par une douzaine de cuivres sur la tribune à l’arrière-scène, la Fanfare for the common man de Copland, écrite au cœur de la Seconde Guerre Mondiale, résonne comme un appel hautement symbolique en ce premier concert avec public de l’ONL dans les murs du Nouveau Siècle, après des mois de silence imposés par la guerre sanitaire. L’éclat de cette espérance héroïque, très américaine, se détache avec un émouvant dénuement augural dans l’acoustique de la salle, sans aucune complaisance sentimentale.

Remplaçant Nemanja Radulovic, initialement prévu dans le Concerto pour violon n°3 de Mozart, Edgar Moreau interprète le Concerto pour violoncelle n°1 en do majeur de Haydn, avec un appétit décuplé par la disette de ces derniers temps. Accompagné par un orchestre homogène et efficace, le soliste restitue la sérénité du Moderato, avant le lyrisme de l’Adagio. Le tourbillonnant finale exalte quant à lui une symbiose entre la virtuosité du violoncelle et le frémissement des tutti jusqu’à une coda respirant une vitalité juvénile, sans exhibitionnisme. L’équilibre du jeu se retrouve dans l’intériorité du Bach donné en bis.

Opportunité pour approfondir le travail avec les cordes, le Divertimento pour cordes de Bartók, écrit à l’aube de l’exil en 1939, déploie un chatoiement de couleurs et de rythmes qui explorent des sonorités aux confins de la lutherie, dans une écriture très orchestrale où les archets s’aventurent dans des harmoniques et des textures évoquant les instruments à vent. La programmation de la pièce s’inscrit dans un parcours consacré par Alexandre Bloch et l’ONL au compositeur hongrois, distillé au fil des concerts. Ayant travaillé avec Zsolt Nagy au CNSMD de Paris, le chef français démontre une indéniable affinité avec la sensibilité magyare. Sa lecture met en lumière la fascinante puissance expressive de la partition. La progression de la tension de l’Allegro non troppo initial prépare l’âpre et saisissant Adagio, plongé dans une sorte de torpeur tragique, avant un finale dont l’allant ne trompera pas un dramatisme à la fois investi et pudique. En une heure quinze, sans entracte, ce concert d’ouverture démontre que les contraintes sanitaires actuelles ne signifient pas une programmation au rabais. Au contraire !

Orchestre national de Lille, concert d’ouverture, 24 septembre 2020, également le 25 septembre, Nouveau Siècle, Lille, et à Valenciennes, le 26 septembre 2020

©ONL

 

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Gilles Charlassier

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