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Les tours du World Trade Center et le 11 septembre dans l’art

Les tours du World Trade Center et le 11 septembre dans l’art

11 septembre 2011 | PAR Amelie De Chaisemartin

Si, avant le 11 septembre, les deux tours du World Trade Center ont été très présentes dans l’art, comment les artistes peuvent-ils, aujourd’hui, évoquer leur disparition ?

En 1974, le funambule Philippe Petit réalisa un exploit. Il réussit à fixer, illégalement, un câble entre les deux tours, et à danser dans le vide, au-dessus de New-York, pendant 45 minutes. Il écrivit ensuite un livre, To reach the clouds, qui devint un film, Man on a wire. Il réussit ainsi, au péril de sa vie, à « faire lever la tête à tout le monde », comme il le raconta. Cette performance d’artiste introduisait un élan de liberté et de poésie au coeur du monde des affaires.

Voici une vidéo qui retrace son épopée: L\’épopée de Philippe Petit

Dix ans après le 11 septembre, il semble encore difficile de représenter ces tours, pour un artiste. On citera alors quelques évocations qui ont attiré notre regard dans la vie culturelle parisienne.

Tout d’abord, l’artiste Invader, qui pose sur les murs de Paris, de Los Angeles et d’Honk-Kong des mosaïques représentant des personnages du jeu vidéo des Space Invaders, a créé en juin 2011, une mosaïque du visage de Ben Laden, qu’il a présentée lors d’une exposition à la Générale Parmentier en juin 2011.

Le choix de Ben Laden n’est pas très étonnant de la part de l’artiste. Le visage de Ben Laden, apparu tant de fois sur nos télévisions et écrans d’ordinateurs, fait partie de cette réserve d’images pixellisées qui hante notre époque, comme le font les jeux vidéos. Ben Laden, est, en outre, le prototype du méchant, que l’on pourrait trouver dans un jeu vidéo.

L’art d’Invader est en outre une oeuvre qui se développe sur le modèle du virus informatique. Les personnages envahissent un lieu et prolifèrent. Cet art a donc, en soi, quelque chose qui rappelle le sabotage, et donc le terrorisme. C’est sans doute pour cela que ce visage de Ben Laden dérange tant. Comme tous les Space invaders, il crée une impression agressive d’intrusion. Les virus informatiques, comme le terrorisme, sont des opérations de destruction anonymes, dont les agents camouflés s’infiltrent sans être vus, comme les space invaders. Le visage de Ben Laden constitué par Invader a un regard troublant, car on ne voit ses yeux que quand on s’en éloigne. L’oeuvre permet ainsi de révéler un des paradoxes de la présence du terrorisme sur la scène du monde: les terroristes sont sur-représentés dans les médias, mais leur identité propre nous échappe à mesure que l’on essaye de s’en approcher.

 

 

Si certains artistes s’intéressent au 11 septembre par le biais du terrorisme, d’autres tentent de représenter l’impact que le 11 septembre a eu dans la vie des New-Yorkais. Ce sont ces artistes là qu’a choisi de mettre à l’honneur une belle exposition à l’Institut des cultures d’Islam, « Islam and the city ». L’exposition rassemble des oeuvres d’artistes de culture musulmane ou non, qui révèlent l’évolution de la représentation des musulmans à New-York après le 11 septembre. Des œuvres de Mounir Fatmi, Yasmina Bouziane, Majida Khattari, du collectif new-yorkais Visible, et du tandem Bénédicte de Montlaur et Keith Yazmir, seront exposées. Véronique Rieffel, commissaire de l’exposition et directrice de l’institut, écrit en effet: « A l’occasion des célébrations du 10e anniversaire du 11 septembre, il nous était impossible de simplement nous contenter de réitérer ces images vues en boucle. »

Yasmina Bouziane est une photographe franco-marocaine, qui est née et a étudié aux Etats-Unis. Ses photos s’emparent des clichés orientalistes en essaynat de les détourner par des détails. Une grande ironie imprègne ses oeuvres.

Majida Khattari est une plasticienne marocaine dont l’oeuvre traite, entre autres, de la condition des femmes musulmanes,  oscillant selon elle entre « sacralisation et menace ». Ses défilés-performances permettent par le biais des habits-sculptures de s’interroger sur le traitement du corps de la femme et de mettre en lumière les paradoxes au cœur duquel il se trouve. Majida Khattari nous invite notamment à nous pencher sur l’enfermement du corps de la femme, que ce soit un enfermement physique ou psychologique, dans des standards de société.

L’exposition prend également tout son sens à la lumière des révolutions arabes, qui ont bouleversé la représentation du monde musulman, aux Etats-Unis et ailleurs.

L’effondrement des deux tours du World Trade Center a un statut ambigu dans l’art, car il constitue en lui-même un spectacle, vu et revu par le monde entier. L’artiste qui souhaite apporter un regard neuf sur l’événement doit donc échapper à la fascination de ces images et trouver un autre biais pour évoquer l’événement.

Le souvenir de la danse de Philippe Petit, spectacle infiniment poétique, qui nous rappelle la légèreté des êtres et des choses, pourra peut-être nous arracher aux images envahissantes que suscite en nous l’évocation du 11 septembre.

11 septembre 2011: le jour de la mémoire
In Memoriam New York – New York à la Galerie Polka
Amelie De Chaisemartin

3 thoughts on “Les tours du World Trade Center et le 11 septembre dans l’art”

Commentaire(s)

  • team32310

    on parle constamment des deux tours du 11 septembre, alors quand réalité il y en a eu trois WTC7, pourquoi les médias ne s’attarde-t-il pas sur cette tour ?

    La réponse est simple ce qui a fait tomber la tour WTC7, la cause officielle avancée après enquête et le feu, si le feu a le pouvoir de détruire ce type de bâtiment aussi facilement et efficacement qu’on l’a vu sur les images, pourquoi existe-t-il des sociétés de démolition ? vu que le feu y arrive assez facilement, Pourquoi payer des millions de dollars des sociétés de démolition, vu que le feu peut détruire ce type de bâtiment ?

    je pense qu’il faudrait créer très prochainement une entreprise de démolition qui s’appellerait « allumette démolition ».

    septembre 11, 2011 at 2 h 25 min

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