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La culture avec un grand C comme classique et très identitaire de Bruno Le Maire

La culture avec un grand C comme classique et très identitaire de Bruno Le Maire

20 octobre 2016 | PAR Franck Jacquet

Toute la culture suit depuis cet été la pré-campagne et la campagne présidentielle. En matière de politique culturelle, de rapport à la culture ou encore de lien entre les arts et l’éducation, qui propose quoi et à partir de quelle expérience (mandat, poste ministériel occupé…) ? A chaque semaine son candidat, mais toujours les mêmes questions. De quoi comparer les approches de ceux qui prétendent au poste de « monarque républicain » ! Cette semaine, pas de renouveau culturel pour Bruno ! S’il est libéral pour réduire l’Etat, il semble bien étatiste pour la culture. 

 Bruno Le Maire

 

« Fiche signalétique » (Le parcours politique, le positionnement actuel, les chances de réussite…) :

Bruno Le Maire est le troisième (ou quatrième avec François Fillon) homme de la Primaire de la droite et du centre. Après avoir été proche de Dominique de Villepin, ce normalien, énarque, haut fonctionnaire démissionnaire a su tirer son épingle du jeu à la suite de la disparition politique de son mentor. Se hissant au premier rang des barons de la droite à la faveur du duel fratricide Copé – Fillon et d’un retour en demi-teinte de Nicolas Sarkozy, il a surtout révolutionné son image. Il est un des derniers hommes politiques à écrire réellement et bien (romans, écrits politiques…) et a un profil extrêmement lisse, celui d’un notable de province. Pour élargir son public cible en vue de la primaire, il a fait le pari de mettre de côté cette image (pour certains sa réalité) pour faire « turbuler » le système et espérer un second tour face aux poids lourds. Dès lors, il droitise, il simplifie ses positions, au risque de faire sonner creux son « Renouveau c’est Bruno ». Il essaiera ce jeudi de se relancer une ultime fois dans l’Emission politique de France 2.

Quel est le programme ? Quelles sont les mesures émises ?  (Site internet, prises de position en réunion publique, articles, livres…) :

Bruno Le Maire a su bien s’entourer : des hommes et des femmes, dont beaucoup d’élus tout de même, reconnus comme bons gestionnaires, mais bien peu portés sur les politiques culturelles. Son organigramme de campagne confirme qu’il n’y a pas dans ses plus proches un éminent stratège pour cette question. De même, ses prises de position ne traitent plus guère de politiques culturelles alors qu’il était intéressé par ces questions alors qu’il était encore haut fonctionnaire (il le faisait bien savoir). Pour autant, dans son « Contrat présidentiel », les engagements sont fournis et précis, bien plus qu’ailleurs. Le résultat de sa longue préparation ?  Il attaque très clairement par son premier axe « Redéployer les économies réalisées sur le fonctionnement du ministère de la Culture, grâce à une meilleure gestion, au service de l’éducation culturelle des jeunes ». Et il chiffre. Le ministère sera dégraissé comme les emplois publics (il annonce près de 500.000 suppressions d’emplois publics et de fonctionnaires). Il assume classiquement une culture rayonnant à l’international grâce au patrimoine (aucun candidat de droite ne se distingue sur ce point) ; mais lui, il chiffre (“Plan Patrimoine” s’élevant sur l’ensemble du quinquennat à 257 M€). Il souhaite relancer le label « Pays d’art et d’histoire » qui avait permis de lancer des écosystèmes économiques culturels locaux qui ont un peu marqué le pas depuis le milieu des années 1990. Les obligations d’autofinancement des FRAC paraissent ambitieuses (50% !). Sur le plan de la médiation, le programme semble d’arrière-garde (introduction d’une histoire de l’art et à l’image déjà largement intégrée dans les programmes d’histoire et pas seulement dans l’enseignement secondaire, renforcement des liens de médiation enseignement – institutions muséales alors que la réflexion et les actions sont déjà bien avancées en France depuis la fin des années 1990). Plus ambitieux, il est prévu d’ouvrir les conservatoires à 100.000 élèves supplémentaires sur le quinquennat, soit une hausse de plus d’un-tiers, le tout avec financement chiffré. Aucune catégorie ne semble délaissée (musées, spectacle vivant, industrie de la musique, de l’audiovisuel, cinéma…). Sur certains points cependant, le Contrat est soumis à la renégociation de directives européennes… On voit tout de même que si le crowdfunding ou quelques nouveaux entrants des politiques culturelles sont cités, la politique culturelle reste chez Bruno Le Maire celle de grands instituts et organismes, symboles de l’héritage de la Ve République.

En termes de montants, cela donne quoi ?

Tout est chiffré, au moins dans les grandes lignes. Cependant, beaucoup de créations ou de revalorisations de fonds, d’investissements, de politiques, doivent être financés sur la réduction d’autres dépenses. Il faudra donc un certain temps pour que les 1,2 à 1,7 milliards prévus sur 5 ans soient déployés (évaluation de la rédaction sur base du « Contrat »).

La culture pour elle-même ou comme sous-catégorie dans les débats sur l’éducation et l’identité ?

Très clairement, Bruno Le Maire fait le pari d’une politique culturelle autonome mais adossée à la question identitaire. Le lien avec les politiques éducatives est moins évident (on peut relever des objectifs contradictoires si on consulte le « Contrat présidentiel » dans ses deux rubriques éducation et culture…). Mais l’identité, elle est très présente. Il est prévu de créer un Institut de l’Histoire et de la Mémoire de la France dont la mission serait scientifique, responsable devant le Parlement et prenant place au sein du CMN. Le lien culture et politique étrangère n’est pas oublié ; il passe classiquement par l’OIF, la Francophonie et le candidat fait comme tous depuis les années 1980, annoncer une relance qui d’ailleurs semble bien vague dans le texte…

Un candidat aux propositions crédibles pour le monde de la culture et les politiques culturelles ? (Réalisations et prises de position antérieures…) :

Bruno Le Maire a bénéficié donc d’une image de crédibilité pour la culture dite classique, étant un homme formé à la haute culture et lui-même écrivain reconnu. Il faisait sourire d’ailleurs lorsqu’il déclarait à Citizen K il y a quelques temps qu’il n’était pas un intellectuel mais surtout un instinctif… Il y évoquait d’ailleurs une défense étroite de cette culture que certains disent figée (lire et comprendre, accepter Le Neveu de Rameau de Diderot ou les incartades de Dom Juan n’est pas « négociable » selon ses termes). D’ailleurs, il durcit aisément son propos pour se rapprocher des thèmes identitaires portés par son concurrent Nicolas Sarkozy et en même temps nier les arguments plus « ouverts » d’Alain Juppé sur l’identité : depuis la fin 2015, il n’a cessé de durcir ses prises de position (mais pas toujours ses mesures) pour attaquer la Ministre de l’Education nationale, pour réclamer la réduction de la place accordée aux langues allophones dans l’espace public… Si l’objectif est de s’ouvrir à une droite un peu plus dure que celle à laquelle on le cantonne et mordant Nicolas Sarkozy aux mollets, il risque d’apparaître comme toujours et encore le rejeton de la culture officielle des beaux quartiers et d’une France un peu rance…

Degré de crédibilité de l’ensemble :

Assez fort étant donné le chiffrage précis, les engagements souvent clairs. Cependant plusieurs de ces mesures annoncées sont soumises à des économies de structure et notamment d’emplois dans le secteur culturel (ministère, organismes culturels de l’Etat…), ce qui ne manque pas d’en inquiéter beaucoup.

La Galerie Almine Rech expose des œuvres historiques de Tom Wesselmann
Agenda Classique de la semaine du 17 octobre
Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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