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Alain Juppé, une culture (bien) sérieuse mais (bien) floue pour une « identité heureuse »

Alain Juppé, une culture (bien) sérieuse mais (bien) floue pour une « identité heureuse »

04 octobre 2016 | PAR Franck Jacquet

Toute la culture suit depuis cet été la pré-campagne et la campagne présidentielle. En matière de politique culturelle, de rapport à la culture ou encore de lien entre les arts et l’éducation, qui propose quoi et à partir de quelle expérience (mandat, poste ministériel occupé…) ? A chaque semaine son candidat, mais toujours les mêmes questions. De quoi comparer les approches de ceux qui prétendent au poste de « monarque républicain » !

 

« Fiche signalétique » (Le parcours politique, le positionnement actuel, les chances de réussite…) :

Longtemps leader incontesté dans les sondages en vue de la primaire de la droite et du centre, l’ancien Premier Ministre, ancien chef de l’UMP, maire de Bordeaux depuis plusieurs mandats et figure majeure de la droite française depuis trente ans est aujourd’hui rattrapé en partie par son grand rival, Nicolas Sarkozy. Engagé dans une campagne de fond (il a publié plusieurs livres programmes), il cherche à convaincre sans excès et à rassurer avec une « identité heureuse » alors que les crispations identitaires se lisent à tous les échelons de la vie politique française… Un pari osé qui se retrouve dans son programme culturel.

Quel est le programme ? Quelles sont les mesures émises ?  (Site internet, prises de position en réunion publique, articles, livres…) :

Un carnet entier de propositions a été rédigé par le candidat avec ses équipes. L’accent y est assez peu « identité heureuse » puisque le constat est celui de la paupérisation de la culture en France (notamment chez les jeunes, montée de l’inégalité dans l’accès…). Le texte est bien écrit, mais on a du mal à y trouver des mesures concrètes allant au-delà des poncifs sur ce totem qu’est la politique culturelle sous la Ve République… A peine trouve-t-on quelques orientations non chiffrées et sans horizon temporel de réalisation à la fin du texte (« Stimuler, par un relèvement du plafond annuel des dons (de 0,5 à 1% du C.A. HT), l’implication croissante des TPE et PME dans des initiatives de proximité, individuellement ou au sein de fondations et fonds collectifs ») ; pour le reste, de bonnes intentions… Une retiendra tout de même l’attention : approfondir les liens culturels européens avec un « Erasmus culturel » annoncé dès avril lors d’un forum à Avignon.

En termes de montants, cela donne quoi ?

Aucun chiffrage précis n’est abordé dans les grands textes et les prises de position du candidat ou de ses équipes.

La culture pour elle-même ou comme sous-catégorie dans les débats sur l’éducation et l’identité ?

Le projet culturel est bien abordé pour lui-même et n’est pas directement relié aux débats identitaires, ceux-ci ne polluant pas l’ensemble des prises de position du candidat comme on peut l’entendre ou le lire ailleurs. Ici, la culture est abordée comme politique de création et de conservation, mais aussi (beaucoup) comme levier de création d’emplois et de croissance (c’est un point important), sans pour autant réfléchir sur l’insertion d’une politique d’Etat dans les espaces locaux et régionaux (ces acteurs sont absents des prises de position).

Un candidat aux propositions crédibles pour le monde de la culture et les politiques culturelles ? (Réalisations et prises de position antérieures…) :

Le maire de Bordeaux peut s’appuyer, pour rassurer, sur de solides réalisations à Bordeaux : il a mené à bien la rénovation de la partie portuaire de la ville, inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO ; l’inauguration de la Cité du vin est dans les têtes et part pour être un beau succès et renforce encore l’aura internationale de la ville ; la ville peut se targuer d’Evento dédié au spectacle vivant plutôt réussi lors de ses premières éditions. Cependant, les critiques sont réelles quant à la faiblesse en matière d’expositions phares et de politique pour les musées et la gouvernance de la ville n’a au fond pas fait beaucoup de place à des spécialistes reconnus dans leur domaine culturel, ce qui peut faire grincer chez les professionnels du secteur… Un bilan globalement positif donc, à l’image de la France : de grandes infrastructures mais un écosystème fragile derrière les grands éléphants.

Degré de crédibilité de l’ensemble :

Très fort, mais en même temps peu d’éléments concrets sont promis.

Visuel :  CC Alain_Juppé_in_Washington_DC_(cropped)

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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