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Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires ?, par Claire Rodier

27 janvier 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Juriste au Gisti (groupe d’information et de soutien des immigrés), Claire Rodier vient de publier, aux éditions La Découverte, Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires ?. L’auteure part du constat que la surveillance des frontières s’est muée, ces dernières années, en un véritable business, hautement profitable. Les sociétés privées de sécurité et celles de l’industrie de l’armement en savent quelque chose. Depuis les années 1990, il y a ainsi un nouveau créneau, très juteux.

G4S EMPLOIE… 650.000 SALARIES !

La plus grosse entreprise de sécurité, G4S, dont une partie de l’activité est consacrée à la gestion de l’immigration, emploie aujourd’hui plus de 650.000 salariés. Il s’agit, aujourd’hui, du deuxième plus grand employeur privé du monde. Les politiques sécuritaires contribuent très largement à dynamiser ce marché.

FRONTEX, SYMBOLE DE LA CROISSANCE EXPONENTIELLE DE CE BUSINESS

FRONTEX, l’agence européenne des frontières, est emblématique de ce boom. Elle disposait initialement d’un budget de 6,3 millions d’euros, lequel a été multiplié par quinze en l’espace de cinq années ! Naturellement, les industries d’armement ne sont pas en reste, loin s’en faut. Leur emploi est très profitable la fabrication des drones, qui permettent des contrôles efficaces et peu coûteux en vies humaines.

Le Maroc collabore assidûment en matière de politique migratoire et est considéré comme un très bon élève par les pays d’Europe. C’est politiquement rentable et financièrement profitable. L’aide au développement est en effet conditionné à la surveillance des frontières. Pour l’auteure, il y a une dépendance réciproque entre le Maghreb et l’Europe (pour l’exportation des matières premières notamment).

LES NOMBREUSES CONSTRUCTIONS DE CENTRES DE RÉTENTION

Aux États-Unis d’Amérique, la construction de ces centres de détention est une entreprise très rentable. Cette externalisation des contrôles s’accompagne d’une privatisation rampante. Cette fuite en avant dans la recherche d’une sécurité maximale éviterait de sombrer dans l’écueil de la désignation d’un bouc émissaire dans l’actuel contexte de crise économique et sociétale.

Toutefois, cette logique de fermeture des frontières est en totale contradiction avec la logique de mondialisation. C’est en effet un frein incontestable à la libre circulation des biens et des personnes.

LE VIEILLISSEMENT DE LA POPULATION EUROPÉENNE

L’Europe doit faire face au défi du vieillissement de sa population, ce qui a pour corolaire que l’Europe devra très prochainement prendre en charge des milliers de retraités. A l’inverse du Vieux Continent, Claire Rodier présente les États-Unis d’Amérique comme une « nation universelle », puisqu’ils pratiquent une politique d’immigration généreuse et car leur population est de plus en plus multiethnique.

Avec cet ouvrage, Claire Rodier livre une étude à la fois originale et courageuse. Elle invite à rompre le cercle vicieux des politiques sécuritaires (plus les frontières s’estompent, plus elles sont surveillées, plus il y a des contrôles, plus il faut contrôler, ce qui représente un grand coût financier). Peut-être devrait-on plutôt résoudre le problème en aval en aidant le développement et en moralisant les circuits de l’aide au développement

Claire Rodier, Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires ?; éditions La Découverte, 2012, 200 p., 16 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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