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Supplément à la vie de Barbara Loden, de Nathalie Léger

Supplément à la vie de Barbara Loden, de Nathalie Léger

11 décembre 2011 | PAR Yaël Hirsch

Directrice adjointe de l’IMEC, l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine, Nathalie Léger a déjà publié chez P.O.L. un roman au ton personnel enquêtant sur la vie de la comtesse de Castiglione, « L’Exposition« (2008). Dans ce nouveau livre, elle se penche sur le tournage de « Wanda » (1970), unique réalisation de l’actrice Barbara Loden. En l’absence de sources sûres, voici l’auteure embarquée dans un grand voyage imaginaire dans la psyché d’une égérie talentueuse des années 1960.

Deuxième femme du réalisateur Elia Kazan et actrice dans « Le Fleuve sauvage » (Wild River, 1960) et « La Fièvre dans le sang » (Splendor in the Grass, 1961), Barbara Loden décide à l’âge de 38 ans d’adapter un fait divers : l’histoire d’une femme nommé Wanda qui a quitté sa famille pour partir avec un gangster qui la traite mal. Celui-ci la force à participer à un hold-up qui tourne mal. Le gangster meurt et Wanda est condamnée. Barbara Loden a insisté pour jouer elle-même le rôle de Wanda, fascinée par la manière dont celle-ci semblait rassurée d’être condamnée à passer 20 ans en prison. Alors que très peu de sources existent sur Barbara Loden, elle même morte d’un cancer généralisé avant 50 ans, Nathalie Léger essaie de redonner à ce personnage de jolie blonde fine toutes les aspérités d’une psychologie complexe et créative.

Truffé de références et notamment de citations cinématographiques, extrêmement documenté sur le contexte biographique et historique de la réalisation de Wanda, « Supplément à la vie de Barbara Loden » fascine par la manière personnelle de l’auteure de relier les pointillés espacés des données qu’elle a réussi à recueillir. Analysant le succès critique du film loin de tout cadre de pensée féministe, l’auteure nous présente « Wanda » comme le triomphe d’une expression artistique longtemps brimée. Et c’est à la première personne que ce texte rétablit l’aura d’une icône qui échappe à l’auteur aussi bien qu’au lecteur. Un exercice de style original qui parvient toujours à se tenir fermement à la frontière de la dévotion et de l’identification.

Supplément à la vie de Barbara Loden, de Nathalie Léger, P.O.L., 160 p., 14 euros. Sortie le 5 janvier 2011.

« On ne saura jamais d’où vient la blessure qui condamne Wanda à la désolation, on ne saura jamais quelle ancienne trahison ou quel abandon lointain l’ont plongée dans ce désarroi sans aspérités et sans partage, on ne saura pas non plus de quelle perte, de quelle absence, elle ne peut se consoler, on la prend comme on se prend soi-même, dans l’aveuglement et l’ignorance, et l’impossibilité de mettre un nom sur la tristesse d’exister. Son visage, le visage de Wanda, fermé, triste, obstiné« . (p. 41)

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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