Théâtre
Arnaud Churin devient Fernand Léger

Arnaud Churin devient Fernand Léger

11 décembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le théâtre de la Bastille propose un diptyque de reprises autour d’Arnaud Churin. Aux » Fragments du discours amoureux » succède une réadaptation de la version de 2000 de « L’Ours normand, Fernand Léger ».

« L’Ours Normand » est un seul en scène polyphonique. Des blocs de lumière, un fluo grésillant au sol et Arnaud Churin portant deux textes pour un spectacle. D’abord, Le cirque, écrit par Fernand Léger. Pour plonger dans la vivacité rythmique de la création, le comédien avec la complicité du rappeur D’ de Kabal plonge dans un slam rébarbatif. Le corps empêché par la présence du micro, la main qui martèle le flow, cela rebute au lieu d’attirer, donnant difficilement accès à l’obsession du rond comme symbole de liberté pour le peintre.
Très vite, le comédien lâche ses habits inconfortables de chanteur hip-hop pour entrer dans un jeu captivant en devenant Fernand Léger. Il est le peintre quatre mois avant sa mort. Il livre un entretien à Dora Vallier, pensé comme une biographie.
On retrace alors la route chronologique des événements. On découvre que le fils d’agriculteur vite orphelin est rapidement attiré par la peinture. Sa carrière commence comme faussaire de Corot, puis ce sont les heures d’avant Guerre, la Ruche Montparnasse puis Montmartre où la tentation du cubisme est irrésistible. Léger est hanté par le symbole avant tout, puis par la couleur. Ces premiers tableaux sont ardus. Étonnamment, c’est à Verdun qu’il découvre le caractère poétique du front. C’est de là que viendra la célèbre Partie de cartes, montrant des hommes d’acier dans les tranchées.
Anti expressionniste, Léger offre une peinture aride et pourtant ancrée dans la réalité. Ils est fou de New-York et de ses cimetières de voitures. militant, convaincu que « Pour jouir de la culture, il faut du temps, il faudrait guider les gars, c’est un long travail », il devient le temps d’une expo le décorateur de la cantine des ateliers Renault.
La force de ce spectacle est de montrer l’œuvre de Léger sans jamais illustrer. Les œuvres sont symbolisées par le déplacements des blocs lumineux devenant ainsi les pinceaux de l’abstraction.

L’ours normand parvient à faire résonner les arts avec justesse pour un spectacle tout public qui amènera vos enfants et ados à aimer la peinture abstraite. Pari gagné.

Visuel : (c) Pierre Grosbois

Supplément à la vie de Barbara Loden, de Nathalie Léger
Les tribulations d’une caissière, en salle le 14 décembre
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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