Fictions
“Stardust” : de la rue aux sommets de la littérature

“Stardust” : de la rue aux sommets de la littérature

31 août 2022 | PAR Marianne Fougere

Longtemps caché au fond d’un tiroir, mille fois amendé, Stardust nous offre de plonger dans la vie et le laboratoire d’écriture de Léonara Miano.

 

Un premier roman ne laisse personne indifférent. Un premier roman vous hante. Et ce, d’autant plus, quand vous en êtes l’auteur·e. Car un premier roman est ce que l’on fait souvent de plus intime en littérature. Voire de plus autobiographique. Il vous poursuit car il parle de vous. Car il vous assigne dans une catégorie. Car il vous identifie en tant que personne comme en tant qu’écrivain·e. On comprend dès lors pourquoi certains premiers romans cèdent leur première place à d’autres. Pourquoi certains auteur·e·s tardent à proposer un texte à leurs lecteurs ou refusent de se laisser définir par des faits passés.

Et c’est justement pour ne pas être “la SDF qui écrit des livres” et se laisser enfermer que Léonora Miano a attendu plus de vingt d’ans avant de permettre à ceux et celles qui la suivent depuis toutes ces années de la connaître mieux et, peut-être, de la comprendre. Avec Stardust, la lauréate 2006 du prix Goncourt des lycéens revient sur ces premiers pas dans la société française. Arrivée contre son gré et sans titre de séjour, celle qui n’était alors qu’une jeune mère de 23 ans fut accueillie dans un centre de réinsertion et d’hébergement d’urgence du 19èmearrondissement de Paris. De ce foyer, elle relate la vie quotidienne dans des conditions de grande précarité. Elle retrace les trajectoires cabossées par les accidents de la vie. La sienne comme celles de toutes ces femmes poussées en bordure de ville dans le fossé de l’exclusion.

Mais Stardust ne se contente pas de raconter la rudesse des marges de la société française. Écrit à la troisième personne du singulier et amendé au fil des années, il évoque autant le parcours qu’il en coûte pour s’intégrer que celui nécessaire pour aiguiser sa plume. Il aborde autant l’impossible appartenance au groupe que l’impératif recours à la création littéraire pour ne pas sombrer dans les périls d’une traversée solitaire. Un roman à part dans la bibliographie de son auteure mais pas moins puissant car universel.

 

 

Léonora Miano, Stardust, Paris, Grasset, sortie le 31 août 2022, 220 p., 18,50 euros.

Visuel : couverture du livre

 

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