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Snuff de Chuck Palahniuk: plongée trash dans une « Défonce finale »

Snuff de Chuck Palahniuk: plongée trash dans une « Défonce finale »

22 novembre 2012 | PAR Le Barbu

Charles Michael « Chuck » Palahniuk est un romancier satirique américain et un journaliste indépendant. Après des études de journalisme qui ne lui permettent pas de vivre de ce métier, il devient mécanicien pendant 10 ans. Parallèlement à cette activité, il est volontaire dans les hospices pour jeunes malades du sida ou du cancer. C’est dans ces lieux qu’il prend conscience que la mort peut arriver à tout moment. A cette époque il écrit « Monstres Invisibles » qui est refusé par les éditeurs en raison de son contenu trop provocant. Chuck Palahniuk est amer face à ce refus et décide d’écrire encore plus trash, plus violent. Il entreprend alors l’écriture de « Fight Club » (1996) qui rencontre un succès notable et est porté à l’écran en 1999 par David Fincher. Il est assimilé au mouvement dit d’Anticipation sociale.

 

L’action de Snuff, son dernier roman traduit en France en 2012 aux éditions Sonatine, se déroule dans la salle d’attente du tournage d’un film porno. Dans cette salle d’attente, où moisissent les crackers à l’ail et les apéritifs au fromage, 600 prétendants attendent leur heure. En effet, la star du genre, Cassie Wright, a décidé de battre tous les records en matière de gang-bang, et elle a pour cela besoin que pas moins de 600 hommes lui passent dessus à tour de rôle. Elle risque évidemment d’y laisser la peau.

Le titre Snuff fait référence au risque omniprésent que ce porno ne se transforme en snuff-movie (film, généralement pornographique, qui met en scène la torture et le meurtre d’une ou plusieurs personnes).

Mais Cassie semble être consciente du risque, ainsi que les « acteurs » bénévoles et la production…

Palahniuk choisit de raconter les événements du point de vue de trois de ces acteurs qui attendent leur tour (Mr 72, Mr 137, Mr 600 alias Branch Bacardi), ainsi de celui de la régisseuse plateau (Sheila).

L’ambiance de ce roman est nauséabonde, écœurante, dégoûtante et pathétique comme la vie de ses protagonistes qui s’imposent mille souffrances pour devenir quelqu’un ou quelque chose.

« Le porno est un métier que l’on fait quand on n’a plus d’espoir […] n’allez pas vous imaginer qu’on va vous demander de siéger au Sénat »

Le milieu du porno décrit par Chuck Palahniuk est un monde de désespoir et d’âmes à la dérive qui jongle entre compétition et apologie de l’image et de la popularité, où le suicide est omniprésent.

On se demande aussi combien d’enfants ont été engendrés par tous ces types, vu les films qu’ils tournent… Les fameux « bébés du porno ».

On y apprend aussi que le premier vibro électrique a été mis en vente en 1890. Premier appareil domestique à être électrifié avec les machines à coudre et les ventilateurs… Dix ans avant les aspirateurs et vingt ans avant les poêles à frire électriques…

« Oubliez les tâches ménagères : notre priorité numéro 1 a toujours été située entre nos jambes. »

Chuck Palahniuk nous laisse aussi imaginer tous ces petits esclaves chinois, qui, sur des chaines d’assemblage emballent des répliques de bites ou de vagins en plastique, plantent des poils pubiens à la main, vaporisant différentes nuances de rouge, de rose, ou de bleu, fidèles jusqu’à la cicatrice d’épisio de Cassie, le moindre bouton de Branch Bacardi.

Bref, vous l’avez compris, hormis les titres des pornos cités qui nous font bien rire («Tant qu’il y aura des zobs », « Braquemart à l’italienne », « La chaudasse sur un doigt brûlant » ), tout cela est bien triste et révélateur d’une société et d’une époque devenue un enfer de débilité…

Les habitués du style Palahniuk vont aimer ce roman, comme ils ont aimé « Choke » ou « Festival de la couille et autres histoires vraies ». Les autres risquent de trouver ça vulgaire et inutile.

 

 

Chuck Palahniuk, Snuff, aux Editions Sonatine, 16,50 euros, août 2012.

 

 

 

 

 

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Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

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