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Singulière Belgique, le livre-somme sur la situation politique du pays

10 décembre 2012 | PAR Yaël Hirsch

D’avril 2010 à décembre 2011, la Belgique a passé 540 jours sans gouvernement… Comment une des démocraties motrices de l’UE – et siège de la commission- en est-elle venue à un tel blocage politique et qu’exprime cette difficulté à trouver un gouvernement unique pour un pays fédéral qui se trouve divisé en trois parties, trois langues et d’un roi. Sous la direction d’Astrid von Busekist, à travers les prismes de la science politique, du droit et de l’Histoire,  une vingtaine de chercheurs tentent d’éclairer certains aspects de la « Belgitude » qui dressent un portrait tout en nuances de ce voisin complexe et passionnant.

« La Belgique n’est pas une nation. Elle ne l’a jamais été. C’est un Etat démocratique composé de plusieurs nations », explique dès l’introduction Astrid von Busekist. Loin de toute prophétie d’explosion, de toute futorologie et évitant également les poncifs sur une « belgitude » exemplaire dans sa diversité, « Singulière Belgique » explore les diverses nations propres à la Belgique, afin de dresser un portrait fidèle du pays. Dans la première partie l’on revient donc sur le blocage gouvernemental de l’an passé, mais  l’on revient également sur les « piliers » social-chrétien et libéral qui ont forgé l’identité d’un pays certes multinational, mais finalement pas si jeune et fragile qu’on voudrait nous le faire croire. L’on (re) découvre également les étapes de la formation des deux grands blocs wallons et flamands, afin de mieux comprendre la singularité présente. La minorité allemande, riche de 74 000 âmes sur un peu plus de 11 millions d’habitants, n’est pas oubliée (Bruno Kartheuser). Et bien évidemment, troisième région oblige, la spécificité de Bruxelles est évoquée à travers tous ses contrastes : enclave de langue Française et de population internationale en Brabant flamand, la capitale connaît à la fois un fort dynamisme économique mais également un fort taux de chômage, surtout chez les jeunes (Els Witte).

La deuxième partie du livre s’intéresse directement à la situation juridique et politique du pays, à travers l’état et les évolutions de fameux « fédéralisme  de dissociation » (Vincent de Coorebyter) avec une autonomie complète accordée dans certains domaines aux régions (Marc Swyngedouw), les clivages politiques actuels et une analyse finement  comparée des comportements électoraux en Flandre et en Wallonie.

La troisième partie du livre éclaire les spécificités en politique économique syndicats, politiques sociales…) qui animent le pays et dévie vers l’enjeu européen (François Foret, Sandrina Ferreira d’Antunes et Christian Franck).

La dernière partie enfin, aborde rapidement les mémoires du pays, notamment celles qui sont encore douloureuses : coloniale et juive (voir notre article sur le nouveau musée de l’Holocauste et des droits de l’homme).

Passant au scanner l’identité politique de la Belgique, « Singulière Belgique » relève avec élégance et efficacité le défi du livre-somme tant attendu sur une question clé et pour la Belgique et pour l’Europe. En une vingtaine d’articles, l’ouvrage brasse bien l’ampleur de la matière qu’il a promis d’interroger, à travers des textes de spécialistes, tout à fait passionnants et qui se complètent assez harmonieusement.  Une chronologie et la bibliographie de la fin du livre sont des outils indispensables pour ceux et celles qui voudraient aller plus loin.  Direct, simplement énoncé et abordable pour tout lecteur, le livre n’en laisse en effet pas moins tout l’espace et tout le désir de creuser chacun des thèmes par d’autres lectures. Et avec raison puisqu’il est bien difficile d’entrer dans les détails de sujets comme la complexité du fédéralisme belge ou de son aventure et de ses démons coloniaux en dix pages à chaque  fois.

 

Astrid von Busekist (dir.) « Singulière belgique », Fayard,  450p., 22, 50 euros. Sortie le 26 septembre 2012.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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