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« Macbeth » de Jo Nesbø : réécrire, est-ce trahir ?

« Macbeth » de Jo Nesbø : réécrire, est-ce trahir ?

06 octobre 2018 | PAR Julien Coquet

Adaptant l’œuvre de Shakespeare, le célèbre écrivain norvégien ne convainc malheureusement pas, particulièrement à cause de la longueur de l’ouvrage.

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Au théâtre comme à l’opéra, il n’est pas rare que Macbeth ne soit plus un général écossais. Chez Ivo van Hove pour l’Opéra national de Lyon, il est trader ; pour Dmitri Tcherniakov à l’Opéra national de Paris, c’est un nouveau riche ou, encore, pour Brett Bailey, un dictateur africain. Alors pourquoi ne pas faire de Macbeth un commandant d’une unité d’intervention d’élite, la Garde, et de Lady Macbeth, sa femme adorée, une tenancière de casino ?

C’est en tout cas le parti pris qu’a choisi Jo Nesbø pour sa relecture de l’œuvre de Shakespeare. Si Macbeth ne traite pas tant des relations entre le roi et ses sujets dans une Ecosse médiévale, c’est que la pièce, comme de nombreuses du barde de Stratford, traite du pouvoir avant tout. De cette relation tant désirée, comme une drogue : une fois que l’on y a goutée, difficile de l’abandonner.

Dans ce roman, alors que, justement, la drogue fait des ravages et que le taux de chômage est au plus haut, Macbeth seconde Duncan, le nouveau préfet de police. Mais pourquoi ne pas prendre la place de celui-ci, quitte à se débarrasser de quelques témoins gênants ? Dans une ville proche de Gotham City, Macbeth s’enfonce dans la drogue et la paranoïa tandis que sa femme sombre peu à peu dans la folie…

L’idée est originale et fonctionne très bien au début. Le récit des meurtres qui jalonnent l’ascension de Macbeth au poste de préfet de police est rythmé, chaque personnage est bien marqué et le lecteur s’amusera à retrouver les personnages de Shakespeare puisque les noms n’ont pas été changés.

Une fois passé les premiers meurtres, l’ennui gagne

Cependant, la machine tourne à vide au bout d’un moment. Jo Nesbø, bien qu’il réutilise de manière plus ou moins fidèle des répliques de la tragédie à plusieurs reprises, édulcore les personnages des sorcières et l’énigme des devinettes. Surtout, et c’est peut-être ce qui gênera le plus celui qui connaît déjà la pièce, le roman est très long : plus de 600 pages. Comment justifier une telle longueur alors que Macbeth est connu pour être la plus courte des tragédies de Shakespeare ? Une fois passé les premiers meurtres et l’accession de Macbeth au poste tant désiré, l’ennui gagne et l’assaut final est particulièrement long.

« Elle salua d’un signe de tête les visages connus autour de la roulette. Des habitués. Ils avaient tous leurs raisons de venir jouer ici. Il y avait ceux qui avaient besoin de se délasser après une journée de travail trépidante et ceux qui avaient besoin de frisson après une journée de travail ennuyeuse. Et puis il y avait les gens qui n’avaient ni travail ni frisson, mais qui avaient de l’argent. Ceux qui n’avaient rien de tout cela échouaient à l’Obélisque, où on se faisait servir un repas insipide, mais gratuit, quand on jouait pour plus de cinq cent couronnes. Il y avait les imbéciles qui s’imaginaient avoir un système qui allait les faire gagner à long terme, c’était là une race qui ne cessait de mourir, mais qui, curieusement, ne s’éteignait jamais. Et enfin, il y avait ceux dont aucun casino ne disait tout haut qu’ils constituaient le fondement de leurs affaires. »

Macbeth, Jo Nesbø, Gallimard, Série noire, 624 pages, 21 euros

Visuel : Couverture du livre

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