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Poche : La meilleure part des hommes, de Tristan Garcia

11 février 2010 | PAR Yaël Hirsch

Le prix de Flore 2008, roman Gallimard écrit par un jeune prodige normalien et docteur en philo, est disponible en poche chez « Folio ». Tristan Garcia tente de raconter à travers quatre personnages les années sida qu’il n’a pas vécues.

Elisabeth, la journaliste de Libération, est le point de contact entre trois hommes actifs pendant « les années sida ». William Miller, l’écrivain fou-furieux et égérie neo-beat d’une époque, est l’ami auquel elle passe toutes les vacheries. Son amant (et le mâle hétéro du roman), Jean-Michel Leibowitz, est le « nouveau philosophe » qui par des sophismes douloureux tente de persuader le monde que, non, il n’a pas retourné sa veste. Et Dominique Rossi, le collègue journaliste est l’activiste politique qui monte une association de l’envergure d’Act-up. Après vingt ans de lutte pour faire reconnaître le sida comme un problème de santé publique, de nombreux deuils, des amours meurtries,  et des couvertures déchirées à force de les tirer à soi, seuls deux de ces quatre personnages sortent vainqueurs de la tourmente ; mais au prix de trahisons, de désenchantements, et de fins de parties.

Le fait qu’un premier roman ne tourne pas autour du nombril de son auteur (surtout s’il est philosophe) est suffisamment notable pour que cette « Meilleure part des hommes » ait été remarquée. Mais il y a  plus dans Tristan Garcia : une structure complexe où les échos semblent maudire toute une génération, deux personnage sur quatre assez inattendus (peu ambitieuse, masculine, et en même temps généreuse, la narratrice n’est pas une Lisbeth  Salander mais elle pique l’attention; par ailleurs,Will, l’écrivain paumé au-delà de la schizophrénie est aussi antipathique que fascinant). Enfin, Garcia a surtout une manière imagée de nous rappeler que si le sida nous semble aujourd’hui un problème évidemment politique, cela n’a pas toujours été le cas. Ces trois qualités du roman, laissent facilement oublier le style un peu lourd et les inexactitudes historiques. A emporter au ski sans prétention pour les vacances de février.

Tristan Garcia, « La meilleure part des hommes », Gallimard, collection « Folio », 359 p. , 6,60 euros.

« Femme, j’ai eu tant d’amis hommes qui n’aimaient que les hommes que j’ai appris à me sentir inutile. Je n’avais pas de mari, pas d’enfants, c’était la vérité. » p. 215

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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