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Oh, Philippe Djian dans la peau d’une maîtresse femme

15 août 2012 | PAR Yaël Hirsch

L’auteur d’Impardonnables et Incidences est de retour chez Gallimard, collection blanche, pour cette rentrée 2012, avec un fait divers vu par les yeux d’une femme forte et même, à temps, castratrice. Toujours aussi bien écrit, mais le scénario manque de peps et de vraisemblance. En librairies le 30 août 2012.

Un enfant adulte, un divorce mais des relations affectueuses avec son ex-mari et une petite boîte de production montée avec sa meilleure amie, Michèle semble enfin apte à profiter d’une fleur de l’âge qu’elle veut solitaire, besogneuse et retirée du marché amoureux. Sauf que le mari de sa meilleure amie l’a poussée dans une liaison non nécessaire, que son serviable voisin, Patrick (également marié) lui fait un peu d’effet, que sa mère joue les lolitas à 75 ans et que son lourdaud de rejeton s’est entiché d’une femme enceinte d’un autre… Beaucoup de choses à gérer donc, pour cette maîtresse femme qui doit également subir le terrible choc d’un viol. L’effroi et la peur rouvrent certaines plaies de l’enfance, liées à son père, un meurtrier psychotique. Le vernis craque et certaines perversions ressortent.

Portrait d’une femme dure, « Oh » démontre que Philippe Djian est toujours aussi habile et sait se glisser dans la peau d’une femme, aussi dure soit-elle. L’écriture vivante, forte et très cinématographique, comme d’habitude, mais quelque chose cloche dans l’enchaînement des évènements. L’on se lasse assez vite de cette caricature de dominatrice castrant à la fois son fils et son ex-mari, trompe sa meilleure amie, et souhaiterait rien tant que se laisser mettre à genoux par l’ombre de son grand méchant loup de papa. Prédatrice cherche chasseur supérieur, et l’on se contrefout assez vite de ses états d’âmes, de ses traumatismes d’enfance et de qui l’a violée, comment et pourquoi. Avec le sentiment un peu étrange que, du coup, il est inutile de gober une dose gratuite de glauque, même très bien formulé.

Philippe Djian, « Oh », Gallimard, 240 p., 18.50 euros. Sortie le 30 août 2012.

« Tout à coup, il me vient à l’esprit que lorsqu’on en est à peser le pour et le contre avant d’entamer une relation, on met un pied dans le troisième âge – et même les deux. » p. 107.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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