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Fermer l’oeil de la nuit, les voisinages existentiels de Pauline Klein

16 août 2012 | PAR Yaël Hirsch

Remarquée avec Alice Kahn (Allia, 2010), Pauline Klein est de retour en cette rentrée 2012 avec un opus ironique, grinçant et élégant. Un roman où l’identité féminine est encore une fois plus que fuyant. Sortie le 16 août 2012.

La narratrice s’installe dans un nouvel appartement où une nouvelle vie derrière l’œil de bœuf de sa porte principale commence. L’observation de ses voisins, le couple Diante Toth et Claude Tissien, occupe tout son esprit, avec une l’étrange nouvelle qu’elle aurait un frère, incarcéré en région parisienne pour des faits non connus. Artiste travaillant sur la mort, le sémillant Claude Tissien a rencontré sa compagne à l’ANPE du spectacle. Elle était sa conseillère et devient, talons hauts et corps changeant, sa femme. D’abord en phase d’observation sidérante, puis en croisant Claude autour d’un verre ou d’un pain au chocolat, la narratrice s’immisce dans une intimité qui semble dégoûter de plus en plus l’homme.

Derrière l’élégant Titien qui orne la couverture de « Fermer l’œil de la nuit » et d’une plume toute musicale, Pauline Klein poursuit son singulier brouillage des identités : les pseudonymes saugrenus du couple, raisonnent avec l’absence de nom, de consistance et surtout de frontières de la narratrice. Carte brouillée d’un territoire tout féminin où les frontières ont été abolies, où le corps se fond avec le décor et où la juste distance aux choses est impossible, « Fermer l’œil de la nuit » dérange autant que son rythme régulier apaise. Le style Pauline Klein est une voix singulière qui creuse, de nos jours, côté femme et avec le talent, le sillon  de l’ère du doute et de la mort du sujet.

Pauline Klein, « Fermer l’oeil de la nuit », Allia, 128 p., 6.20 euros, sortie le 16 août 2012.

« Mon corps est en train de devenir comme le votre. Du point de vue linguistique en tout cas. Je m’observe de haut. Je suis incapable de faire l’amour en dehors de moi. Incapable de me toucher. L’autre jour, je me suis masturbée, et je me suis demandée si je pouvais tomber enceinte. Le genre de pensée qu’on a à sept ans. Moi aussi je me sens observée, vous savez. Je suis bien obligée de m’adapter au cadre dessiné par l’œil de Tissien,et ça, c’est un peu de votre faute. Mon corps m’habite, pas le contraire. » p. 114.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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