Livres

Les saisons de l’envol de Manjushree Thapa, un joli livre sur l’exil

24 janvier 2013 | PAR Yaël Hirsch

L’auteure népalaise de langue anglaise Manjushree Thapa publie en février son premier livre en Français. Cela tombe bien, elle a pu commencer à écrire « Les saisons de l’envol » en résidence littéraire en France. Qui plus est, il s’agit d’un très joli roman, très fin sur la découverte de l’exil et des bizarreries du multiculturalisme américain par une jeune femme népalaise… Disponible le 7 février chez Albin Michel.

Jeune népalaise qui a fui son pays en guerre grâce à la green card qu’elle a gagnée à la loterie, la jeune Prema atterrit aux États-Unis où elle ne connaît personne. Elle commence par évoluer auprès de sa communauté avant de trouver un emploi stable d’aide domestique auprès d’une vieille juive aisée et touchée par l’Alzheimer. Très critique à l’égard du mélange d’ignorance (personne ne sait situer le Népal sur la carte et à peine l’Inde) et le libéralisme identitaire américain, Prema reste très sauvage, que ce soit par rapport à ses employeurs, à ses deux « roomates » ou aux hommes. Jusqu’au jour où elle rencontre Luis, en partie d’origine chilienne et dont la famille a eu,comme la sienne, à faire face à la guerre. Mais d’horizons si divers, peuvent-ils vraiment se comprendre?

A la fois délicat et très critique vis-à-vis du « Salad bowl » américain, ce roman qui va et vient entre un « nouveau monde » désenchanté et un « ancien monde » à feu et à sang est un lucide livre d’exil qui parvient à conjuguer la nostalgie de Prema et ses doutes radicaux sur son identité à l’universel. L’amour et l’intimité y sont également très justement décrits, comme sentiments de vie pure et donc comme possibilité de dépasser les clivages identitaires. Un très joli texte à découvrir dès le 7 février chez Albin Michel.

Manjushree Thapa, « Les saisons de l’envol », trad. Esther Ménévis, Albin Michel, 280 p., 22 euros.

« En Amérique, Prema avait voulu faire peau neuve. mais qu’est-ce qui fait de nous des êtres humains ? Le corps et ses désirs, obstinés et déraisonnables. Les pensées, les humeurs. Les instincts. la capacité de faire du mal. Et l’histoire, qui nous poursuit, tel un spectre. » p. 13

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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