Livres

Les deuils simples d’Agnès Desarthe

25 juin 2010 | PAR Yaël Hirsch

Fidèle aux éditions de l’Olivier depuis « Quelques minutes de bonheur absolu » (1993, Agnès Desarthe a rencontré un très grand succès avec « Mangez-moi » (2006). « Dans la nuit brune », son titre pour cette rentrée littéraire, un père quinquagénaire, divorcé, provincial et aux prises avec pas mal de fantômes doit faire face au deuil de sa fille qui a perdu son fiancé. Drôle, touchant et très juste sur le(s) deuil(s).

Jérôme est agent immobilier ; il mène une vie simple de quinquagénaire divorcé dans une ville de Province Française et n’a besoin de parler à personne de ses origines : enfant « trouvé » par un couple âgé dans une forêt, il ne connaît pas ses parents biologiques. Mais le jeune et très beau fiancé de sa fille meurt dans un accident de la route. Jérôme ne sait pas comment consoler sa fille quand elle s’effondre et, bien qu’il ait très rarement rencontré le défunt, cette mort tragique le bouleverse. Et transforme sa vie : son-ex femme vient consoler leur fille et en profite pour coucher avec Jérôme, la meilleure amie de la jeune-fille endeuillée donne de grandes leçon de vie au vieux papa, un mystérieux inspecteur de police tente de lier entre eux tous les crimes commis à l’encontre de jeunes gens et se lie d’amitié profonde avec Jérôme, et une séduisante cliente écossaise semble chercher plus qu’un nouvel habitat… Surtout, tous ces personnages se mettent à se confier à Jérôme, lui qui demeurait auparavant toujours très transparent. A qui Jérôme lui-même pourra-t-il se livrer ? Qui l’aidera à percer le mystère de son origine ?

Juste et touchant sur les relations parents-enfants, le roman d’Agnès Desarthe est d’autant plus agréable à lire qu’il donne de plus en plus d’étoffe à celui qui paraît être encore un antihéros, au début du livre. L’auteure reste toujours légère quand elle dresse le portrait d’un homme plein d’intuition, mais coupé de ses émotions par des secrets pesants sur son passé. L’écriture est limpide, même quand Jérôme lui-même est à la recherche du bon mot, dans une mise en abyme drôle à la « Paludes ». En retrouvant l’enfant caché en Jérôme, on voit apparaître le droit squelette et le rire d’un homme bien.

Agnès Desarthe, « Dans la nuit brune », L’Olivier, 211 p., 18 euros. Sortie le 19 août.

« Jérôme sent les larmes de Marina lui couler dans le cou. Il lui tapote dans le dos, la serre contre lui. Il voudrait lui raconter une histoire, comme quand elle était petite. Il était une fois un garçon qui vivait dans les bois. Mais il ne peut rien articuler. Ses mâchoires sont soudées. Ils restent ainsi un long moment, secoués par les flots, à l’abandon, comme sur un radeau perdu au milieu d’un océan déchaîné. » p. 77

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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