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Le best of livres 2021

Le best of livres 2021

15 décembre 2021 | PAR La Rédaction

Cette année, on a eu le temps de lire ! Les lieux culturels sont restés fermés cinq mois en 2021, sur douze, c’est beaucoup ! Alors, essais, romans, voici les coups de cœur littéraire de la rédaction.

Jean Marie Chamouard

J’ai deux grands coups de cœur. Le premier, c’est Les fugitives d’Hélène Coutard : Hélène Coutard dresse le portrait de jeunes femmes qui fuient, au péril de leur vie, l’Arabie Saoudite pour échapper à un destin tragique. Enfermement, violences familiales ou conjugales, mariage forcé sont leur lot quotidien. Le lecteur est ému par le sort, le courage de Sara, Murina, Selma, et… des princesses Emiraties. La fuite peut être interrompue brutalement, en exil la menace perdure. Hélène Coutard a réalisé un magnifique travail journalistique, rencontrant une trentaine de femmes exilées dans le monde entier. Ce livre offre un éclairage original et saisissant sur l’inconcevable : la gravité de l’atteinte aux droits des femmes en Arabie Saoudite. Et le second, est le romain d’Ahmet Altan, Madame Hayat. Ce livre est très émouvant car écrit en prison. Son auteur, incarcéré comme prisonnier politique a été libéré depuis, à la demande de la cour suprême turque. C’est un roman d’amour, écrit de manière poétique, entre Fazil, un étudiant en littérature désargenté, et madame Hayat, une femme mûre, courageuse, énigmatique. L’auteur dépeint de l’intérieur les souffrances du peuple turc affecté par la crise économique, la corruption, les arrestations arbitraires et violences des islamistes. C’est un roman initiatique, Fazil découvrant l’écriture et l’engagement militant.

Clémence

J’ai surtout lu des livres tout aussi connus qu’indémodables cette année. S’il fallait n’en retenir qu’un, ce serait évidemment L’Alchimiste, de Paulo Coelho ; si philosophe en si peu de pages. D’autres classiques tels qu’Avicenne ou la route d’Ispahan de Gilbert Sinoué ou encore Samarcande d’Amin Maalouf, ont apporté la juste dose de soleil et de poésie dont j’ai eu besoin si souvent, durant ces longs mois mi-confinés. J’ai aussi fait la connaissance de l’écriture furieuse et émotive de Christian Bobin à travers La part manquante, un petit chef d’œuvre de poésie qui aborde tant de choses, notamment la naissance de l’amour de l’écriture : « ça commence comme ça, ça commence toujours comme ça. C’est par les livres que ça commence. » Je retiens enfin L’Enfant de la prochaine aurore de Louise Erdrich, une dystopie qui rejoint l’univers de La Servante écarlate ; et finalement un roman piquant, sublime, ayant son identité propre.

Orane Auriau

Le confinement et le couvre-feu furent l’occasion (rêvée?) de découvrir des textes d’années précédentes, dont les paroles résonnent néanmoins avec l’actualité de 2021. A commencer par Beauté fatale : Les nouveaux visages d’une aliénation féminine de Mona Chollet -publié en 2012-, La terreur féministe d’Irene, mais aussi La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr, prix Goncourt 2021. Beauté fatale est un ouvrage mêlant l’écriture journalistique, recherches universitaires à la plume plus personnelle de la journaliste Mona Chollet (qui y intègre parfois son expérience personnelle). Spécialisée dans les questions féministes, elle remet ici en cause les normes et pressions permanentes imposées au physique des femmes -et ralentissant leur émancipation-. Elle déroule chapitre par chapitre, avec sagacité et parfois humour, les multiples aspects de ces diktats intégrés dans la création artistique, le monde de la mode, de la publicité, de l’enfance, la télévision (au point où cela nous est parfois invisible). Un autre essai percutant, à l’écriture plus militante est La terreur féministe d’Irene. Ne vous laissez par apeurer par le titre, son autrice invite à la réflexion autour des idées reçues concernant le militantisme féministe et de la croyance selon laquelle le féminisme fut un mouvement pacifiste depuis le mouvement des suffragettes (qui fut au contraire houleux). Nous rappelant ainsi la définition misogyne de l’usage de la force et de la combativité (approuvée pour les hommes seuls). Côté fiction, je retiens La plus secrète mémoire des hommes, un récit qui vous envoûtera et vous étonnera (peut-être) par la finesse de son écriture; un roman d’apprentissage, d’une enquête menée par le jeune écrivain sénégalais Diégane Latyr Faye à la recherche d’un auteur disparu, T.C Elimane. Il questionne ainsi la littérature, l’identité d’un pays colonisé, d’autres tragédies comme les guerres mondiales et la Shoah.

Yaël Hirsch

Parmi mes livres préférés de l’année, deux romans qui sont à l’intersection de l’histoire dans la Rentrée littéraire : La France Goy, de Christophe Donner qui nous fait revivre des heures étranges avec les antidreyfusards Léon Daudet et Edouard Drumont. La Carte Postale d’Anne Berest est une quête familiale intense. Celle qui se métamorphose de Boris Leroy est un roman ironique qui opère une merveille de trouble identitaire. Du côté de la Pologne, j’ai dévoré Les fenêtres de Hannah Krall, un roman psychologique saisissant. Enfin, je dois avouer que j’étais très heureuse d’interviewer Boris Cyrulnik pour son essai Des saisons et des âmes, plus fluide et plastique que je n’aurai pensé et qui ouvrait des perspectives au-delà du confinement. Enfin, véritable flux de poésie, Le livre des hommes de l’israélienne Nano Shabtai m’a vraiment embarquée.

Amélie Blaustein Niddam

Cette année, j’ai rattrapé L’Anomalie, et j’ai dévoré cette dystopie aux allures de science fiction. Plus dans « ma zone », j’ai parcouru un bon nombre de livre de danse. Dans sa Nouvelle Histoire de la danse en Occident, Laura Cappelle dirige une armée de spécialistes qui regardent les gestes et leurs histoires avec un nouvel œil. La somme met en lumière pour les néophytes les nombreuses recherches publiées sur la danse, sa fonction et son écriture. Le mouvement est ici social et politique. A lire au Seuil. Le CND a édité nombre de résultats de thèses et autres recherches universitaires. Par exemple, Claudia Palazzolo problématise le dancefloor et son débordement sur les scènes de spectacles, et c’est passionnant ! Autre coup de cœur, pour un vrai beau livre consacré à un sujet moins leger qu’il parait : le cabaret Michou. La Nuit en bleu, cabaret Michou, l’esprit d’un mythe, de François Soustre et Sylvain Dufour est un manifeste pour prendre au sérieux le cabaret et son apport au spectacle vivant. Les photos inédites et si bien éditées sont des révélations.

Visuel : Hanna Krall, Les fenêtres, trad. Margot Carlier, Editions Noir sur Blanc

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