Fictions

La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr

30 novembre 2021 | PAR Orane Auriau

Un labyrinthe de mots dans lequel nous avons aimé nous perdre. La plus secrète mémoire des hommes est le quatrième roman de Mohamed Mbougar Sarr, édité chez Philippe Rey – Jimsaan au Sénégal. Il est le premier écrivain d’Afrique subsaharienne, et l’un des plus jeunes auteurs, à recevoir le prix Goncourt 2021 ce mois de novembre. Il vient également d’être honoré du Prix Hennessy du livre. 

 

Résumé

Diégane Latyr Faye, un jeune écrivain sénégalais, découvre à Paris, en 2018, un manuscrit tombé dans l’oubli : le Labyrinthe de l’inhumain, publié en 1938. Son mystérieux auteur, T.C Elimane, est alors qualifié de “Rimbaud nègre”. Il disparaît après avoir été pris dans la tourmente, son livre ayant été accusé de plagiat. Diégane décide de se lancer dans une enquête pour découvrir qui se cache derrière l’écrivain, la genèse de son ouvrage. C’est également une quête d’écriture, de littérature, personnelle. L’ouvrage nous plonge dans les conséquences du colonialisme sur l’identité africaine, des destins individuels. Quels secrets, quelles réponses surgiront de ce « labyrinthe »? 

 

Des récits enchâssés

La lecture de La plus secrète mémoire des hommes est elle-même un labyrinthe ; d’une vraie intelligence, d’une écriture fine. Sa mise en abyme, le Labyrinthe de l’inhumain, exerce parmi les protagonistes une fascination tirant même sur le morbide, l’inquiétant, dans laquelle nous-mêmes sommes plongés. L’histoire de T.C Elimine s’inspire directement de celle de l’écrivain malien Yambo Ouologuem, qui remporta le prix Renaudot pour Le devoir de violence en 1968, avant de tomber dans l’oubli. Rendre compte de cet ouvrage dans une critique ne peut être qu’un échec, tant il est un mille-feuille, un enchevêtrement de récits, de narrations. Mêlant l’histoire fictive à du politique, de l’historique. 

Diégane rêve de devenir un grand écrivain, fréquentant les milieux littéraires parisiens, de jeunes auteurs africains. A partir de sa rencontre avec Siga, une écrivaine originaire de Dakar reconnue qui lui confie son manuscrit du Labyrinthe de l’inhumain, tout bascule dans son esprit. Les personnages se succèdent les uns après les autres : une poétesse haïtienne, une autrice originaire de Dakar, une journaliste littéraire qui a mené son enquête, la photojournaliste Aïda dont est épris le protagoniste. Pourquoi les personnages du roman sont à ce point affectés par le Labyrinthe de l’inhumain? Pourquoi les critiques littéraires de l’époque de sa sortie, qui le rejetèrent, furent tous victimes de morts déroutantes?

 

Un monde à soi : la littérature

Nous sommes happés par la lecture, les questionnements philosophiques qu’elle soulève. Évoquant les blessures laissées par la colonisation, les deux guerres mondiales, la place de l’écriture dans la vie d’un écrivain : « l’alternative devant laquelle hésite le cœur de toute personne hantée par la littérature : écrire, ne pas écrire ». Pour Diégane, écrire demeure un besoin viscéral, qui le hante. 

Le récit ne fait pas seulement le voyage de Paris à l’Argentine, puis à Dakar au Sénégal. La littérature en devient un : une terre indépendante, un espace à soi ou partagé. Ici, elle se « vit autant qu’elle se cherche« . La question de l’identité des écrivains africains, leur perception par l’Occident, leur rejet, est également soulevée au fil des pages. Comment trouver dans ces conditions sa place au sein de la littérature? Pourquoi doit-on sans cesse confronter l’Afrique et l’Occident? 

Prenante, la lecture peut se révéler aisément fluide, contenant son suspens jusqu’à la fin.  

“Les grandes oeuvres appauvrissent et doivent toujours appauvrir. Elles ôtent de nous le superflu. De leur lecture, on sort toujours dénué: enrichi, mais enrichi par soustraction.”

 

Mohamed Mbougar Sarr – La plus secrète mémoire des hommes
Philippe Rey
14,5 x 22 cm
448 pages
22.00 €

Couverture de La plus secrète mémoire des hommes, Mohamed Mbougar Sarr. Editions Philippe Rey

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Orane Auriau

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