Livres

L’amour sans le faire : Serge Joncour traque le retour de la vie après une catastrophe

22 novembre 2012 | PAR Yaël Hirsch

L’auteur de « L’idole » (2005) et de « U.V. » (2003) a livré pour cette rentrée littéraire 2012 un roman simple et sensible, faisant à nouveau mouche auprès de ses fidèles lecteurs.

Alors qu’ils ont pris le large après un accident tragique leur faisant perdre un être chéri, une jeune veuve et son beau-frères se retrouvent seuls dans la maison de famille. Elle a eu le temps de tomber enceinte, lui, malade. Ils se retrouvent alors qu’ils s’étaient auparavant juste croisés, dans une nature foisonnante et parfois dangereuse, et petit à petit, à travers l’entente et les gestes du quotidien, la vie revient doucement pour ces deux grands solitaires.

Construit avec habileté, de manière à laisser entendre deux voix et ménager un peu de suspense, « L’amour sans le faire » est rempli de belles images et d’aphorismes. Un joli texte qui ne cherche pas à simplifier le gris lardé de couleurs d’une vie étouffée par le deuil.

Serge Joncour, « L’amour sans le faire », Flammarion, 320 pages, 19 euros. Sortie le 22 août 2012.

« Ne pas pouvoir s’aimer, c’est peut-être encore plus fort que de s’aimer vraiment, peut-être vaut-il mieux s’en tenir à ça, à cette très haute idée qu’on se fait de l’autre sans tout en connaître, en rester à cette passion non encore franchie, à cet amour non réalisé mais ressenti jusqu’au plus intime, s’aimer en ne faisant que se le dire, s’en plaindre ou s’en désoler, s’aimer à cette distance où les bras ne se rejoignent pas, sinon à peine du bout des doigts pour une caresse, une tête posée sur les genoux, une distance qui permet tout de même de chuchoter, mais pas de cri, pas de souffle, pas d’éternité, on s’aime et on s’en tient là, l’amour sans y toucher, l’amour chacun le garde pour soi, comem on garde à soi sa douleur, une douleur ça ne se partage pas, une douleur ça ne se transmet pas par le corps, on n’enveloppe pas l’autre de sa douleur comme on le submerge de son ardeur. C »est profondément à soi, une douleur. l’amour comme une douleur, une douleur qui ne doit pas faire mal. » p. 221.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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