Danse
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Soapéra : Mathilde Monnier sous la mousse

22 novembre 2012 | PAR Géraldine Bretault

Découvrir une pièce de Mathilde Monnier, c’est à la fois retrouver ses partenaires fidèles (le danseur Julien Gallée-Ferré, Annie Tolleter à la mise en scène) et s’ouvrir à de nouvelles expériences. Après la littérature avec Christine Angot, ou encore la musique avec Philippe Katerine, la directrice du CCN de Montpellier s’est rapprochée cette fois des arts plastiques, sous la figure de Dominique Figarella.

Les spectateurs commencent tout juste à prendre place qu’un mouvement se dessine déjà sur scène : une fontaine de mousse déverse lentement son contenu depuis la porteuse, et la scène se remplit imperceptiblement mais sûrement d’une épaisse couche blanche scintillante, informe, intrigante. Quand le noir se fait, une silhouette humaine apparaît recroquevillée au bord de la scène. Peu à peu, à mesure que nos yeux s’habituent à la pénombre, nous percevons une légère ondulation souterraine, un frémissement de ce corps étrange, tandis que la figure a disparu sous la matière. Dans un bruitage diffus, la mousse prend vie et se soulève sous l’action des danseurs invisibles. Entre étirement du temps et étalement de la matière, Mathilde Monnier semble se jouer notre frustration (ne pas voir la source du mouvement, ne pas distinguer de forme lisible) pour nous inviter à la contemplation, et nous laisser pénétrer par les figures spectrales qui se détachent sur le fond de scène noir.

Dans une seconde partie, les quatre danseurs – trois hommes et une femme, la magnifique I-Fang Lin) qui ont émergé de ce magma informe vont se trouver aux prises avec un grand rectangle blanc, lui-même extrait de cette mousse. De l’informe et de l’invisible, sont nés des matériaux de travail qui nous rapprochent des arts plastiques tendance expressionnisme abstrait : une toile blanche vierge et des corps prêts à en découvre avec elle. Posée sur leurs genoux, elle devient une table basse qui invite au jeu, à la confrontation. Tenue à bout de bras dans les airs, elle prend l’allure d’un objet fétiche menaçant. Mais c’est quand elle retombe brutalement au sol, pulvérisant la mousse restée sur scène, qu’elle laisse toute sa place à l’expression des corps.

Une lente variation se dessine alors entre les quatre danseurs, au son de quelques passages musicaux (Animal Collective, Geoff Soule, Neutral Milk Hotel), pratiquement sans contact entre eux si ce n’est à travers leurs regards. Des mouvements comme au ralenti qui disent l’élan inabouti, le rapprochement impossible. Tels des aimants aux pôles inversés, leurs corps sont renvoyés aux quatre coins de la scène chaque fois que leurs membres semblent prêts à se frôler, dans une alternance de tensions et de relâchements brusques. Et retour au panneau blanc qui peut aussi dresser un mur propre à exclure et diviser.

Une pièce qui offre quelques beaux moments, sans pleinement convaincre.

 

Crédit photographique : Soapéra, Mathilde Monnier / Dominique Fingarella © Marc Coudrais

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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