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La mort de Staline, une histoire vraie… soviétique

La mort de Staline, une histoire vraie… soviétique

22 décembre 2010 | PAR Sonia Dechamps

Les circonstances de la mort de Staline sont assez peu connues. Tragiques, voire pathétiques, elles ont tout de la fiction, comme nous le font découvrir Fabien Nury et Thierry Robin dans une superbe bande dessinée historico-comico-tragique sélectionnée pour Angoulême 2011.

Ce qui est réel, ce qui ne l’est pas, difficile pour le lecteur de faire la différence tant la réalité – et ses absurdités – offre aux auteurs une superbe matière aux airs de fiction. Car si le Petit Père des Peuples est déclaré mort le 5 mars 1953, ce n’est qu’après un ballet assez ahurissant.

Tout commence – à finir – dans cette bande dessinée quand, dans la soirée du 28 février 1953, Staline écoute un concerto de Mozart à la radio et en réclame un enregistrement. Sauf que ledit concerto n’a pas été enregistré. Les désirs de l’homme étant des ordres, l’orchestre est sommé de jouer une nouvelle fois et un disque est ainsi remis à Staline ; disque dans la pochette duquel la jeune soliste a pris le soin de glisser un petit mot délicatement hostile. Il lit la missive, écoute le disque et… fait une attaque.

Le lecteur assiste alors à une succession de scènes assez ubuesques où ceux qui entourent Staline, entre crainte et ambition personnelle, peinent à agir. Appeler un médecin ? Il faut une décision unanime du comité central afin de prendre une telle initiative. Pendant ce temps, Staline gît, inerte. Quand enfin le comité – réuni – décide de faire appel à un spécialiste, une difficulté majeure se présente : « Staline lui-même a fait arrêter, déporter ou exécuter les meilleurs praticiens de l’hôpital du Kremlin ». Difficulté encore quand se trouve posé le problème de ce que les machines américaines (ici un appareil respiratoire) ne fonctionnent pas sur les prises de courant de la datcha de Staline.

Assez cinématographique dans son écriture, son découpage et sa mise en scène « La mort de Staline » fait d’un évènement historique et d’anecdotes y étant liées une bande dessinée non exempte d’un certain cynisme, mais surtout très drôle. « Les événements sont si aberrants et absurdes qu’il n’est guère besoin de les interpréter pour donner de la force au récit » explique le dessinateur. Ce qui en résulte, c’est un humour « froid », de celui qui donne un petit frisson dans le dos. Et si le lecteur est immédiatement séduit par le sujet et l’écriture, il l’est également par les très belles illustrations de Thierry Robin. Ce dernier réussit à créer une atmosphère singulière et embarque le lecteur dans un univers froid et sombre, mais jamais glauque.

L’aventure ne s’arrête cependant pas réellement à la mort de Staline puisqu’un deuxième tome est attendu ; un deuxième tome mettant en scène les enfants de Staline – dont le lecteur a pu faire la rencontre, appelés au chevet de leur père – et la lutte pour le pouvoir au Kremlin, déjà bien amorcée dans ce premier volet.

Une bande dessinée élégante, tragique et drôle, à découvrir sans hésiter.

« La mort de Staline » de Fabien Nury et Thierry Robin chez Dargaud.

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Sonia Dechamps

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