Cinema

Another Year, chronique touchante sur le temps qui passe

22 décembre 2010 | PAR Sonia Ingrachen

Avec Another Year, Mike Leigh nous offre un film émouvant sur le temps qui passe. Le réalisateur dépeint des hommes tels qu’ils sont, des personnages complexes avec leur grâce et leur défaut. Les saisons de la vie apportent leur lot de joie et de souffrance, de la lumière de l’été au crépuscule de l’hiver.

L’histoire est découpée en quatre chapitres (printemps, été, automne, hiver), et place au centre un couple harmonieux, Gerri et Tom, près de qui leurs amis violentés par la vie recherchent conseils et réconfort. Une collègue de Gerri, Mary est une femme divorcée et dépressive; Ken un ami d’enfance du couple, noie son désespoir dans l’alcool et la nourriture; Ronnie, le frère de Tom a peur de la mort; leur fils  Joe  n’a pas encore trouvé l’amour. Mike Leigh, fin observateur des mœurs, décortique la réalité de ces vies sans complaisance. Le film aborde les douceurs et les douleurs de ces soixantenaires qui, en vieillissant révèlent leur regret et leur peur. Ces personnages dont on se sent proche, sont des héros de l’ordinaire, rides au front et maux au cœur. La solitude, la mort, la vieillesse, la recherche du bonheur et l’amitié sont les thèmes que le film explore à travers ces personnages.

Tom et Gerri est un couple solide comme un roc mais leurs amis sont  brisés et divisés. Ce désespoir apparaît dès l’ouverture du film. Ce début  programmatique donne le ton au reste de l’histoire. Une femme, la soixantaine, consulte un médecin car elle n’arrive plus à trouver le sommeil. Elle refuse d’avouer (aux autres et à elle-même) ses problèmes même si son visage trahit son anxiété. Malgré les conseils du médecin puis de Gerri, elle refuse d’entamer une thérapie. Nous ne la revoyons plus mais elle hante l’atmosphère, se cachant derrière chaque personnage ( Mary  par exemple). Mary est un personnage complexe dont la parole surabondante, à la limite de l’hystérie verbale, cache une solitude évidente. Elle est à la fois touchante et irritante tant pour le couple que pour le spectateur. Elle offre malgré elle des scènes très drôles car son attitude peut être amèrement ridicule. Mary refuse de subir le temps, elle est attirée par le fils de Gerri, amoureuse de cette jeunesse qu’elle même a déjà perdue. Mary est sur un fil sans cesse près à se briser, balançant de l’hystérie faussement joyeuse à la déprime alcoolisée. C’est cette instabilité émotionnelle qui la définit. Elle recherche chez Gerri un foyer c’est-à-dire un abri mais aussi un lieu familial, un endroit chaleureux. Comme la cabane dans laquelle le couple se protège du vent et de la pluie.

Les saisons permettent de faire un parallèle poétique entre la nature et la vie humaine. Mike Leigh fait de son film une peinture impressionniste, comme s’il y avait un équilibre entre les deux mondes. C’est ce que semble symboliser les deux métiers de Tom et Gerri. Le premier (géologue) fouille la terre pour y découvrir les trésors de la nature, la seconde (psychologue) tente d’apaiser les maux des gens. Ce sont dans les silences (non-dit, plans du travail de la terre et du paysage) et gestes anodins (offrir une tasse de thé, un verre de vin) que les choses font sens. Le dernier chapitre du film, plus sombre se situe essentiellement autour de l’enterrement de la femme de Ronnie. Les silences paisent et donnent encore plus de force aux moindres paroles et gestes. Roonie parle peu mais sa tristesse est palpable à chacune de ses apparitions. La scène de l’enterrement est longue et complexe puisqu’elle fait resurgir de vieux fantômes (le fils) et réouvre de vieilles blessures (les difficultés de la classe ouvrière). Paradoxalement les funérailles ne durent que quelques minutes, à peine quelques mots seront prononcés. Les silences des réunions familiales et les longues séquences qui suivent signifient ce temps gelé par le deuil. La mort ouvre le chapitre mais ne clôt pas le film car c’est à la fois une fin et un commencement.

« la vie ne nous gâte pas toujours » dira Gerri à Mary pour apaiser ses peines. C’est cette vie que Mike Leigh représente à travers des ambiances différentes. Ce film, tendre et amer est servi par des acteurs incroyablement talentueux, capables de nous transmettre une palette de sentiments jamais faux toujours justes. Il n’y a pas de héros dans les films de Mike Leigh que des gens ordinaires qui cherchent le bonheur.

Another Year est un film britannique du réalisateur Mike Leigh en salle le 22 décembre 2010. Durée: 2h09. Avec Jim Broadbent (Tom), Lesley Manville (Mary), Ruth Sheen (Gerri), Peter Wight (Ken), Oliver Maltman (Joe), David Bradley (Ronnie).

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Sonia Ingrachen

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