Jeunesse

L’essuie-mains des pieds de Gil Ben Aych

L’essuie-mains des pieds de Gil Ben Aych

02 avril 2012 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

En 1956, le jeune Simon quitte l’Algérie avec ses parents, son frère et sa sœur pour venir s’installer en France. Si ce n’est pas vraiment la vie dont lui et sa famille avait rêvé, il y a tout de même des compensations: la télévision, les yaourts, les colonies de vacances, les nouveaux amis à l’école….

Gil Ben Aych nous livre ici un récit autobiographique, retraçant les souvenirs marquants de son enfance et de son adolescence en Algérie puis en France. L’occasion de découvrir une autre manière de penser: une famille dont les générations sont étroitement liées, qui fait la cuisine à l’huile surtout pas au beurre dont la seule odeur l’insupporte, qui se lave beaucoup, énormément, qui mangeait des meilleurs produits et avait un train de vie supérieur en Algérie. Où comment la guerre déracine ceux qui étaient heureux dans leur pays et auraient bien aimé ne pas avoir à en changer. Avec lui, nous revivons l’Histoire au travers de son histoire familiale. Nous suivons les évolutions technologiques: la télévision, la manière dont elle prend de l’importance dans la société… Gil Ben Aych a écrit deux autres livres autobiographiques parus à l’Ecole des Losirs: Le livre d’Etoile et Le voyage de Mémé.

Ce qui nous permet de prendre vraiment conscience du fossé culturel entre les émigrés qui arrivent en France et les français de souche. La manière de penser, de se comporter, de manger, de boire, de se laver, de s’habiller, de vivre, de se conduire en société, d’être en famille n’a rien à voir. Même faire les courses ou aller au café n’a pas le sens que nous lui attribuons, nous voyons ainsi avec d’autres yeux notre réalité quotidienne, d’une manière que nous n’aurions pas imaginé, ce livre met en évidence le fait que nous pouvons essayer de nous mettre à la place d’un autre, d’imaginer ce qu’il ressent, nous en pouvons y réussir. Le vécu, le passé tient un rôle si fondamental dans la vie de chaque être humain qu’il le conditionne. Rarement un livre pour la jeunesse a traité avec une telle subtilité de la difficulté d’intégration qu’éprouve un arrivant dans un pays qui n’est pas le sien. La plus grande différence que nous constatons avec ce livre entre l’émigré et le français moyen est le langage. L’auteur a fait le choix, pour accentuer la véracité de son propos, de reproduire le plus possible le langage parlé ce qui se traduit par des phrases interminables avec peu de ponctuation qu’il faut lire d’un seul souffle pour se laisser emporter et comprendre l’élan du personnage, la mère très bavarde en particulier.

Nous nous laissons emporter par les péripéties qui rythment la vie du héros, son quotidien tel qu’il le raconte est une aventure permanente, une découverte du pays dans lequel il arrive où tout le choque, l’interroge, le pousse à remettre en question ses propres habitudes. Sans répondre aux questions: comment devenir français? Et quelles sont les composantes de la culture française? Ce livre nous emmène subtilement à la rencontre de l’autre et au travers lui de nous-même, nous voyageons dans le temps et à travers les cultures, une très riche expérience humaine.

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