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Sarkozy et la presse : Hélène Pilichowski revient sur un désamour

02 avril 2012 | PAR La Rédaction

Essai journalistique, « Sarkozy et la presse », retrace une partie du quinquennat de N. Sarkozy à travers les rapports de celui-ci aux médias. Ouvrage généraliste et publié durant la campagne électorale, il reprend et étaye la thèse que la défaite de l’ex-Président candidat est liée à sa difficultés à faire accepter sa personne aux Français. L’homme politique a-t-il manqué son rendez-vous avec la presse ?

Un condensé des relations entre N. Sarkozy et la presse
Les relations sont au beau fixe dans les années précédant l’élection de 2007, le candidat Sarkozy étant de tous les fronts médiatiques et cherchant à présenter une rupture avec la figure présidentielle incarnée par J. Chirac. Le chef malaimé de l’UMP fréquente assidument les journalistes et les milieux médiatiques : journalistes spécialistes et connus des cercles parisiens, soutiers des rédactions, patrons de presse et milieux médiatiques plus généralement.
Au fond, on ne peut guère lui reprocher sa proximité avec les médias dans la mesure où il n’est pas le premier à la construire (rappelons-nous les liens structurels entre les médias et le pouvoir sous la Vème République). La différence est précisément qu’il cherche autant (ou plus) à leur plaire qu’à les influencer, ce qui fut, selon l’auteur, un « péché capital », support majeur pour la critique du pouvoir.
Les médias sont donc tour à tour séduits, intimidés puis critiques et acerbes à l’encontre du Président et tout ce qui le touche de près ou de loin. Le cycle est connu : « lèche, lâche, lynche » est la trilogie obligée du journalisme politique français. Et ce cycle est analysé présenté sur la période 2006 – 2009, avec quelques précédents et quelques éléments postérieurs.

Les grands péchés du Président à l’encontre des médias
Le propos se concentre sur les grands thèmes des critiques apportés au Président . La politique et les décisions telles la loi TEPA sont cloués au pilori, mais ceci vient s’ajouter à des attaques liées à la vie privée (les épisodes Cécilia, leur suite avec Carla…), aux goûts du Président (bling-bling), au physique (la taille, le rictus, la manière de marcher, de courir)… Les grandes rédactions se disputent la paternité de l’expression « Président des riches » (Marianne, Libération…). L’auteur rappelle aussi la constance des médias dans l’observation des relations entre le Premier Ministre et le Président (est-ce nouveau?).Tout devient prétexte à la critique, malgré une pause durant la présidence française de l’Union européenne en 2008.

Un point de vue critique sur la servilité médiatique
Avec du recul, les journalistes peuvent être mis en cause dans cette relation au même titre que le Président et son entourage. Ils sont complices, partenaires du roman sarkozien, bien qu’ils conservent une relative retenue sur le premier divorce présidentiel français. On voit défiler dans les bonnes grâces présidentiel les noms de Namias, Ferrari, Viguier… Quelques-uns ont été négligés ou oubliés : Benamou, Beytout…
Le point de vue porté sur le métier journalistique est lapidaire : les acteurs n’ont pas de recul sur leur rôle politique (sauf quelques exceptions). Cet aspect n’est en tout cas jamais abordé. La critique du monde médiatique reste donc assez superficielle dans l’ensemble, l’auteur en restant le plus souvent à la citation des événements médiatiques ayant ponctué les débats de journalistes (discours de Toulouse…). L’intérêt réside donc ici : rappeler cette écume qui peuple l’actualité, qui fit le mandat présidentiel, mais qui est aussitôt engloutie par une autre péripétie.

La personnalité de l’ex-Président
Pour H. Pilichowski, la désaffection progressive des journalistes et de l’opinion (les deux semblent liés mécaniquement dans le propos) s’explique par la personnalité velléitaire de l’ex-Président. N. Sarkozy est présenté, sans doute en partie à raison, comme un homme qui désire avant tout être apprécié des journalistes, de leurs patrons, des Français (le Président prend ainsi durablement ombrage de l’obamania, lui qui se veut réformateur du pacte français). Bien souvent, il promeut sa personne et son image avant de soutenir ses ministres et ses mesures (lois sur la défiscalisation des heures supplémentaires, débat portant sur l’identité nationale…). Cherchant à être aimé, il néglige de faire le « service après-vente » des réformes, d’où son échec dans l’opinion. On pourra donc prendre du recul sur les accusations de manipulation des médias : contrairement au cas berlusconien, il appelle les directeurs d’antennes essentiellement pour promouvoir des magazines, des diffusions de films (y compris Apocalypse Hitler apprend-on) plutôt que pour dicter le contenu des informations. Nul doute que si les épisodes de la libération des infirmières libyennes ou des discours sur la Géorgie seront vite oubliés, l’image d’un Président en collusion permanente avec les médias, elle, restera longtemps.

Hélène PILICHOWSKI, Sarkozy et la presse, histoire d’un désamour, JC Lattès, 200 p. 15 euros. Sortie en janvier 2012.

Franck Jaquet.

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