Livres

Jérôme Ferrari, Le sermon de la chute de Rome

27 septembre 2012 | PAR Ruben Moutot

Le favori du Goncourt est un portrait au vitriol de l’humanité. Une analyse du caractère autodestructeur de l’homme à travers l’histoire d’un petit bar de village, sur fond de référence au sermon de Saint-Augustin. Tantôt grandiose, tantôt poussif, globalement décousu.

Si l’on a pu croire que la prose proustienne et les phrases d’une page n’étaient plus à la mode, il n’en est rien. En témoigne le Sermon de la chute de Rome, encensé par la critique. Malgré tout, il faut rendre à César ce qui appartient à César et force est de constater que la palabre ferrarienne est loin d’être dépourvue de beauté.

L’histoire de ce livre est l’histoire de l’homme, et de sa naturelle virtuosité à réduire en cendre ses plus belles créations. On y relève l’évidente référence à la chute des grandes civilisations mais on pourrait également y lire, en filigrane, les péripéties du communisme, ou même pourquoi pas du capitalisme. Bref, tous ces grands chantiers humains qui ont la fâcheuse habitude de s’effondrer comme de vulgaires châteaux de cartes.

On y découvre la vie d’un petit village corse et plus particulièrement de son bar, qui semble être frappé d’une sorte de malédiction menant à la catastrophe tous les aventureux qui en assurent la gérance. C’est finalement Mathieu et Libero, deux jeunes étudiants en philosophie ayant passé une partie de leur enfance dans ce village, qui décident de tenter l’expérience. C’est même le grand père de Mathieu, Marcel, qui leur prêtera l’argent nécessaire à leur entreprise. Mais pas par altruisme, seulement pour le plaisir de voir son petit fils, qu’il déteste, échouer dans sa vie, comme lui même à échoué dans la sienne. Les deux jeunes s’évertueront donc à créer au sein de ce bar, le meilleur des mondes possibles, bercés par les enseignements de Leibniz, avant d’être rattrapés par leur funeste destinée….

Entre la narration basique du quotidien d’un petit village et le style apocalyptique de certaines réflexions sur l’humanité, le texte flirte entre ces deux effets pour incarner un paradoxe intéressant : L’homme, qui par des gestes à priori anodins, pris isolément, fait globalement courir le monde à sa perte à travers une danse perverse et fatidique.

Quelques éclairs de génie donnent au texte une indéniable valeur esthétique mais l’on a parfois l’impression de se perdre sur le chemin tortueux d’un style qui se déroule, et se déroule encore…Si bien que cette structure alambiquée se pose entre le lecteur et l’auteur en instituant comme une distance.

Finalement, Jérôme Ferrari signe un roman dramatiquement beau, tant est si bien qu’il semble abandonner au texte un peu de son caractère, comme s’il avait tenté de recréer des petites parcelles de beauté froide, sans pour autant réaliser un bloc véritablement uni.

Jérôme Ferrari, Le sermon de la chute de Rome, 208 p., 19 euros. Sortie le 23 août 2012.

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Ruben Moutot

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