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« Hic & Hec » du Comte de Mirabeau, entre les lumières et l’incendie…

« Hic & Hec » du Comte de Mirabeau, entre les lumières et l’incendie…

03 mars 2015 | PAR Le Barbu

Orateur et homme politique, le comte de Mirabeau (1749-1791) mena une vie tumultueuse, qui lui valut d’être enfermé plusieurs fois par son père. De quoi enrichir sa culture et écrire, notamment des brochures politiques. Il participa au mouvement révolutionnaire et fonda Le Journal des États généraux. Ses déboires politiques n’eurent d’égaux que ses frasques amoureuses. Celui qui entretint une liaison avec Sophie Ruffey, marquise de Monnier, fut qualifié de « magnifique exagération ».

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Et elle fait le signe encourageant, en se couchant sur le gazon. Je m’y précipite avec elle, mes mains actives éloignent tous les obstacles, et bientôt nous ne faisons qu’un. Vive la méthode indienne ! s’écria mon Italienne, comme elle abrège les formalités ! Et me serrant, me pinçant, me mordant, elle arrive au période désiré et se pâme en bénissant Brahma, Vishnou et tous les dieux de l’Inde.

Ici la luxure est mère de tous les vices. Apollinaire salua la grâce et l’esprit de ce « petit roman licencieux ». L’œuvre relate les aventures d’un élève des jésuites placé comme précepteur dans une famille bourgeoise. Dans ce roman de libertinage, Mirabeau adopte la métaphore pour désigner les parties centrales du livre, quand les fesses sont des jumelles ou le pénis un bijou. Cette pudeur de la langue n’a d’égale que la débauche qui se livre et s’étale dans ces pages sulfureuses. Le style est désinvolte, le rythme soutenu, les dialogues démoniaques. Les barrages sociaux s’effondrent, de même que les barrières entre les âges. Considéré comme un roman d’éducation et d’édification, Hic et Hec, du nom du jeune abbé, figure androgyne par excellence, glorifie Le démon de la jouissance. [Note de l’éditeur]

Amis libertins, ce livre est pour vous, ou pour la ménagère de 50 ans qui a envie de lire d’autres nuances moins médiocres. Hic et Hec ne fut publié qu’après la mort de Mirabeau. C’est une œuvre libertine, sans tabou, ni aucune morale qui sait mêler humour et sensualité, et qui s’inscrit dans la tradition du libertinage du XVIIIe siècle, où la recherche du plaisir physique est érigé au même rang que la recherche du bonheur et de la liberté. Véritable revendication d’un siècle qui touche à sa fin et annonce les mutations à venir, Hic et Hec s’inscrit dans cet esprit des lumières en lutte contre l’oppression. Désormais le corps n’est plus la propriété de Dieu ou de l’Église, mais celui de l’Homme qui prend son destin en main, à la recherche de son propre Salut.

« Hic & Hec » du Comte de Mirabeau, 128 pages, 7.50 euros, Éditions Allia, février 2015.

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Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

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