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Yachar Kemal, décès d’un écrivain engagé

Yachar Kemal, décès d’un écrivain engagé

03 mars 2015 | PAR Simon Théodore

Samedi 28 février, Yachar Kemal, auteur majeur de la littérature turque et mondiale, s’est éteint à l’âge de 92 ans. Romancier et journaliste engagé, les nombreuses histoires de « Mèmed », les trilogies Au delà des montages ou Les Seigneurs de l’Aktchasaz resteront ses oeuvres majeures symbolisant ses convictions. Originaire de la province d’Osmaniye (Sud-est de la Turquie), ses principaux combats furent ceux pour la liberté d’expression et le respect des minorités.

Une vie de tourmente et de violence

Son premier malheur aurait pu être de naître mais le destin en a décidé autrement. À 4 ans, il perd un oeil accidentellement alors que son père découpe un mouton pour l’Aïd Al-Adha. Un an plus tard, il voit celui-ci assassiné par son fils adoptif. Choqué par ces tragiques événements durant toute son enfance, il réussit néanmoins à suivre une scolarité. Alors qu’il débute sa carrière d’écrivain, il est emprisonné un an en 1950 pour « propagande communiste ». Ses convictions, laïques, étaient remises en cause par le pouvoir en place, dans un temps où l’éducation religieuse faisait sa réapparition dans les écoles publiques. À seulement 30 ans, il s’impose déjà par son militantisme et son talent d’écriture. Il reçut un premier prix, en 1955, pour son roman Mèmed le Mince.

L’attachement à la terre et la rénommée

Issu d’une famille pauvre et ayant travaillé comme garde champêtre dans une rizière, il entend les histoires du folklore local. Passionné, ces différents récits, issus de la tradition orale, se retrouvent dans son oeuvre. Témoin de la transformation industrielle de son pays, il se plait à dépeindre une Turquie agraire peuplée d’animaux sauvages. À la fois épopée lyrique et chant de révolte prolétarien, son principal roman conte l’histoire de Mèmed, sorte de Robin des Bois d’Asie Mineure, fuyant avec sa douce le mariage forcé orchestré par le tyran Abdi, agha du village.

Ecrivain reconnu dans le monde entier, il est pressenti pour le prix Nobel de littérature en 1972. En France, il est décoré, des mains de François Mitterrand, du titre de commandeur de la Légion d’Honneur en 1984 puis de grand officier en 2011. Son dernier prix fut reçu en 2013 par l’Académie norvégienne de littérature et de la liberté d’expression. Hospitalisé depuis la mi-janvier à Istanbul, il referma le dernier chapitre de sa vie et fut inhumé le 2 mars.

Visuel : Capture d’écran You Tube

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Simon Théodore

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