Fictions
« Une bête aux aguets » de Florence Seyvos: entre folie et paranormal

« Une bête aux aguets » de Florence Seyvos: entre folie et paranormal

03 septembre 2020 | PAR Chloé Hubert

Avec Une bête aux aguets, Florence Seyvos nous plonge dans un récit inquiétant d’une jeune fille qui manifeste un étrange rapport au monde depuis qu’elle prend des médicaments à la suite d’une maladie. L’autrice navigue merveilleusement entre folie et paranormal et nous livre un roman haletant et troublant.

Anna est tombée gravement malade lorsqu’elle était enfant. De cette maladie elle n’a que peu de souvenirs, mis à part celui du moment exacte de sa guérison. Elle se souvient du liquide épais qu’on lui a fait ingurgiter et qui a provoqué, instantanément, un scintillement rédempteur. Depuis, elle est obligée de prendre quotidiennement des médicaments, pour éviter une rechute. Les blancs, qui la plonge dans un état comateux, et les bleus, qui lui procurent une euphorie brève. Depuis cette maladie, la vie d’Anna est aussi marquée par un étrange rapport au monde. Anna entend des voix, sent des présences et semble ne pas tout à fait avoir sa place dans monde réel. Et puis il y a depuis ce drôle d’attrait pour le sang. Le lien entre les deux se pose, et la question de l’effet véritable des médicaments sur son état est au coeur des interrogations de la jeune narratrice. « Etait-ce les médicaments qui m’avaient rendue folle ? Et si j’étais, depuis ma maladie, terriblement lucide, au contraire ? Si les médicaments ne servaient qu’à endormir ma lucidité ? »

Florence Seyvos ne répond pas vraiment à ces questions et navigue merveilleusement entre le paranormal et le pathologique, si bien que plusieurs réalités semblent cohabiter dans un espace aux frontières floues. Le rapport au monde de l’héroïne, déformé par une omniprésence des sens, donne une dimension inquiétante au récit dans lequel on se plonge de manière frénétique, comme pour résoudre une situation intenable par son anormalité. À l’instar d’Anna qui s’interroge, on oscille perpétuellement entre l’impression qu’elle est folle et l’idée que les voix qu’elle entend peuvent être les pensées des gens qui l’entourent. A-t-elle des pouvoirs où bien est elle en train de perdre pied et de sombrer doucement dans la folie? La vraie question est de savoir si Une bête aux aguets est un roman fantastique ou celui d’une jeune fille bipolaire. Florence Seyvos s’amuse de brouiller les pistes et nous tient en haleine. Cette bête aux aguets est bien tapis au fond de l’héroïne, prête à surgir si elle n’est pas contenue, mais nous n’apprenons que la vraie nature de celle-ci à la toute fin de ce roman qu’on dévore. 

 

Florence Seyvos, Une bête aux aguets, Éditions de l’Olivier, 144 p. 17 €, sortie le 20 août 2020

Visuel: ©Couverture Officielle Editions de l’olivier Une bête aux aguets de Florence Seyvos

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Chloé Hubert

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