Fictions

« Les Dimanches de Jean Dézert » de Jean de La Ville de Mirmont : Un classique à redécouvrir

« Les Dimanches de Jean Dézert » de Jean de La Ville de Mirmont : Un classique à redécouvrir

24 juillet 2019 | PAR Julien Coquet

Emporté comme tant d’autres par la guerre, Jean de La Ville de Mirmont a pourtant signé de magnifiques textes repris et mis en valeurs par les éditions de La Table Ronde.

De son ami Jean de La Ville de Mirmont, François Mauriac, qui l’avait connu à Bordeaux et à Paris, écrivait: « Au fond, il ne croyait pas à sa destinée de bureaucrate: quelque événement devait surgir, il ne savait quoi… » C’est là tout le thème de la magnifique et longue nouvelle Les Dimanches de Jean Dezert : à 27 ans, Jean habite seul à Paris, travaille dans un ministère. Son avenir sera le même que son quotidien, constitué d’une routine qui devindra monotonie angoissante. Heureusement, il y a le dimanche, puisque ce jour, « c’est toute sa vie« . Occupant son temps libre, Jean tombe alors amoureux : la révélation le sort de la torpeur. Elvire est là, mais il ne sait pas comment vraiment l’aimer et décide de se laisser porter par les événements.

Étrange à dire mais il y a un petit quelque chose de Houellebecq dans cette nouvelle: la monotonie et l’ennui de la vie, une croyance, l’amour, qui peut sauver mais aussi détruire, un humour acerbe et surtout un désespoir lancinant. Plein de modernité, Les Dimanches de Jean Dézert parut en 1914; son auteur mourrait la même année lors de la bataille du Chemin des Dames. A cette histoire suivent un recueil de poèmes mis en en musique par Fauré, L’Horizon chimérique, et huit contes dans lesquels on croise un piano récalcitrant, la suite des aventures du serviteur de Don Quichotte, des bateaux emportés par le désir de voyage… Une magnifique découverte.

« Jean Dézert n’est pas envieux, même de ceux qui détiennent la vérité. Il aurait lieu, pourtant, de jalouser à ce point de vue son ami Léon Duborjal (un cerveau bien équilibré), lauréat de l’école Pigier, qui connaît la sténographie, progresse chaque jour en espéranto, saura saisir la vie par le bon bout, et réussira dans le commerce.

Oui, Jean Dézert est un résigné. Il a fait – sans trop de hâte – le tour de ses domaines et perdu toute illusion sur l’étendue de son jardin, la fertilité de ses massifs et le pittoresque de ses perspectives. Il en prend son parti et lorsqu’il sera las de cracher dans le bassin – pour se distraire – il se promènera, les mains dans les poches, le long des plates-bandes, sans s’occuper du reste et sans penser à mal.« 

Les Dimanches de Jean Dézert suivi de L’Horizon chimérique, Autres poèmes, Contes, Jean de La Ville de Mirmont, Editions de La Table ronde, 240 pages, 7,30€

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