Essais
« Interventions 2020 » de Michel Houellebecq : Persuader de la validité de ses points de vue

« Interventions 2020 » de Michel Houellebecq : Persuader de la validité de ses points de vue

28 octobre 2020 | PAR Julien Coquet

Après Interventions et Interventions 2, cette dernière parution des Interventions de Michel Houellebecq propose 45 % de nouveaux textes. Des prises de paroles sur des sujets variés, parfois inégales, mais souvent passionnantes.

Michel Houellebecq est peu apprécié dans l’espace public. Même si la qualité de ses textes littéraires n’est plus à prouver, récompensés par de nombreux prix, les prises de parole de l’écrivain sont souvent décriées. La plus mémorable, car la plus contestée, fut celle sur l’islam, tenue dans le magazine Lire en 2001 à l’occasion de la parution de Plateforme : « Et la religion la plus con, c’est quand même l’islam ». De religion, il sera beaucoup question tout au long des Interventions 2020.

Si ce recueil se révèle si intéressant à lire, c’est parce que la pensée de Houellebecq se présente comme claire est constante. Aucun verbiage n’est à déplorer, chacun peut la comprendre. Loin de toute idéologie, la pensée houellebecquienne, clairement pessimiste, change finalement peu du début des années 1990 à aujourd’hui. Les mêmes thèmes sont inlassablement resassés, sans pour autant provoquer l’ennui. Car la pensée de l’écrivain se précise. Religion, mondialisation, roman, poésie, sexualité, biologie, tourisme de masse : tout ce terreau se retrouve dans l’œuvre littéraire de Houellebecq.

La joie à lire ces textes est indissociable des phrases et réflexions chocs, mais jamais gratuites, qui parsèment le livre. Le recueil s’ouvre d’ailleurs par « Jacques Prévert est un con ». La défense d’une certaine poésie est un sujet littéraire qui tient à cœur à Houellebecq : « Au fond, si j’écris des poèmes, c’est peut-être avant tout pour mettre l’accent sur un manque monstrueux et global (qu’on peut voir comme affectif, social, religieux, métaphysique ; et chacune de ces approches sera également vraie). » Littérairement, Houellebecq, admirateur de Lovecraft, livre aussi une belle déclaration d’amour à la science-fiction, « qui n’est pas prédictive, elle exprime les peurs d’une époque ».

Enfin, et c’est peut-être ce dans quoi baigne le plus ces Interventions 2020, la tristesse prend le pas sur tous les sujets. « Il n’y avait pas d’acte unique, grandiose et créateur ; il n’y avait pas de peuple élu, ni même d’espèce ou de planète élue. Il n’y avait, un peu partout dans l’univers, que des tentatives incertaines et en général peu convaincantes. » L’art contemporain déprime, la mondialisation n’apporte pas le bonheur, l’affaire Vincent Lambert le bouleverse. Pour autant, certaines choses valent le coup et on lira deux textes admiratifs, deux déclarations d’amour à Neil Young (« Les chansons de Neil Young sont faites pour ceux qui sont souvent malheureux ») et à Emmanuel Carrère. Un seul regret : Houellebecq annonce, en quatrième de couverture, qu’il cessera de communiquer ces pensées et ses opinions au public.

« Plus on avance dans le XXème siècle, plus la confusion augmente, et plus la loi morale perd du terrain, jusqu’à n’être finalement plus du tout comprise, quand elle n’est pas systématiquement dépréciée. L’adage : « On ne fait pas de bonne littérature avec de bon sentiments » aura finalement eu un impact négatif considérable. Il me semble même que l’invraisemblable surestimation dont les auteurs collabos sont depuis longtemps l’objet y trouve son origine. Entendons-nous bien, Céline n’est pas sans mérite, il est juste ridiculement surévalué. Et les Poèmes de Fresnes de Brasillach sont très beaux, d’une beauté surprenante même chez un auteur aussi faible. Mais tous les autres, les Drieu, Morand, Félicien Marceau, Chardonne…quand même une assez lamentable brochette de médiocres. »

Interventions 2020, Michel Houellebecq, Flammarion, 464 pages, 21 €

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