Fictions
« Le Femme intérieure » de Helen Phillips

« Le Femme intérieure » de Helen Phillips

27 août 2020 | PAR Alice Martinot-Lagarde

L’écrivaine américaine Helen Phillips publie son premier livre en France. La Femme intérieure est une exploration profonde du rôle de mère, mais bien loin du thriller palpitant promis outre-Atlantique par le New York Times et le Washington Post.

Le livre commence comme dans un film d’horreur. Molly est seule avec ses jeunes enfants, son mari est en déplacement, quand elle entend des bruits dans la pièce voisine. Convaincue qu’un intrus est entré dans la maison, elle se cache, tenant fort sa fille et son fils contre elle, par peur de ce qu’il va se passer. Sauf que la personne qui s’est introduit chez elle, n’est autre qu’elle-même. Entre rêve et réalité, le doute est constant sur ce que viens faire ce double avec qui elle doit soudainement partager ses progénitures chéries. Dans son travail aussi, des incohérences surviennent. Paléobotaniste, elle participe à des fouilles dans une ancienne station-service. Mais ce qu’elle y trouve vient perturber toute logique, notamment une bible dans laquelle Dieu est désigné au féminin. Une faille vient manifestement troubler la réalité. 

Dans ce roman, Helen Phillips dresse un portrait intime du rôle de mère et il est ainsi facile, quand on l’est soit même, de s’y reconnaître. À la fois immensément comblée par ses enfants et éreintée par la tâche que cela représente, on entre dans la psyché de cette femme pour explorer une dualité qui s’engage presque jusqu’au malsain. Mais trop d’éléments manquent pour tenir ici un thriller haletant comme ce livre en fait la promesse. Ces marques d’irréalité dérangent et questionnent sans être pourtant exploitées, mises de côté par une description intense de la maternité. 

La trame manque aussi de clarté et les chapitres d’une seule page frustrent plus que renforcent l’aspect captivant. Il ne se passe finalement pas grand chose, hormis ce que décrit précédemment, ceux qui s’attendent à un roman riche de rebondissements peuvent donc passer leur chemin. L’écriture pèche également par endroits avec de trop nombreuses répétitions, peut être la traduction y est pour quelque chose, ou des coupures de phrases étranges qui ont du mal à passer pour des exercice de style (« Vêtue d’un pantalon de jogging et d’un tee-shirt sale pour ne pas avoir à porter les vêtements qu’elle portait quand. »). Malgré l’engouement aux États-Unis, le livre a été élu meilleur livre de l’année 2019 par le New York Times et le Washington Post, ici, on reste un peu perplexe.  

 

Helen Phillips, La Femme intérieure, Éditions du Cherche-Midi. 416 pages. 23,00€. Sortie le 27 août 2020. 

 

Visuel : Couverture du livre 

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