Fictions
“Le commerce des Allongés” : un roman en guise de poing levé

“Le commerce des Allongés” : un roman en guise de poing levé

19 août 2022 | PAR Marianne Fougere

Une fois n’est pas coutume, Alain Mabanckou revient sur les terres de son enfance pour signer sans doute le livre le plus politique de sa bibliographie.

 

Comment le roman permet-il de relire son histoire et, plus généralement peut-être, l’histoire de son pays ? C’est à cette question qu’Alain Mabanckou tente d’apporter une réponse avec Le commerce des Allongés. Dans ce nouveau roman, le bien vivant et bien debout écrivain franco-congolais revient sur les terres de son enfance. À Pointe-Noire exactement, ville natale où se sont joués les débuts de l’indépendance du Congo-Brazzaville. Ville rêvée où la part belle peut être faite aux croyances en tout genre.

Comme celles qui abolissent, par exemple, les frontières entre fiction et réalité, entre intime et politique, entre morts et vivants. Toutes incarnées ici en la jeune personne de Liwa. Disparu un lendemain de liesse populaire, le cuisinier de l’hôtel Victory Palace n’a aucunement l’intention de demeurer au cimetière du Frère-Lachaise, parmi les “allongés”. S’il assiste à sa propre veillée funèbre et à son enterrement, c’est pour mieux s’extirper de sa tombe… et se venger ? Mais de qui et de quoi ? À moins qu’il ne s’agisse pas uniquement de sa seule vengeance ? Car le sort injuste de Liwa laisse transparaître d’autres injustices. Celles qui persistent par-delà la vie et la mort et maintiennent en vie la lutte des classes jusque dans le Royaume des morts. Car “pour mériter un espace au Cimetière des Riches, il faut être ‘bien mort’”. Or, Liwa est non seulement “mal mort” mais, surtout, “mal né”.

“Ne lui reste plus [alors] qu’à [se] rendre dans le monde des vivants afin d’accomplir une action qui [le] grandirait pour l’éternité, c’est-à-dire insuffler de la vie et de l’amour à ceux qui en ont injustement été privés…” Ce que parvient majestueusement à faire Alain Mabanckou au travers d’une galerie de portraits de ces “Allongés” qui donne furieusement envie de nous lever !

 

Alain Mabanckou, Le commerce des Allongés, Paris, Seuil, sortie le 19 août 2022, 304 p., 19,50 euros.

Visuel : couverture du livre

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Marianne Fougere

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