Fictions

Les cigognes sont immortelles d’Alain Mabanckou, Une enfance en péril face à l’Histoire

Les cigognes sont immortelles d’Alain Mabanckou, Une enfance en péril face à l’Histoire

07 janvier 2019 | PAR La Rédaction

Sortie remarquée de cette rentrée littéraire, le dernier roman d’Alain Mabanckou est paru en octobre 2018 aux éditions du Seuil. Il retrace trois jours du mois de mars 1977, au Congo. Michel, jeune adolescent de Pointe Noire, fait le dur apprentissage de la vie d’adulte, dans le contexte d’un pays tout juste sorti de la colonisation.

Par Lea Schiavo.

Une enfance, c’est fragile, peu importe le temps ou les continents. Elle l’est encore plus dans le Congo des années 70 qu’Alain Mabanckou nous dépeint à travers les yeux de Michel. Aux portes de l’adolescence, avec tout ce que cette période comporte de questionnements et de doutes, Michel pose son regard tantôt naïf tantôt d’une lucidité déconcertante sur le monde qui l’entoure. Son quotidien à Pointe-Noire, ses parents, ses petites habitudes, les histoires qu’il se raconte, le dénuement dans lequel ils vivent. Sans misérabilisme, ils affrontent la vie quotidienne. Une noblesse, digne, face aux difficultés de la vie quotidienne, dont Maman Pauline en est le parfait emblème. Elle trime, elle protège enfant et mari, elle tient à son indépendance. Des conditions déjà difficiles dans le contexte perturbé d’un Congo post-décolonisation, et qui vont se détériorer dramatiquement à l’annonce de l’assassinat du président Marien Ngouabi, le 18 mars 1977. Cet événement ouvre un période de troubles : la confusion règne, les coupables sont recherchés dans tout le pays, les murs ont des oreilles. Michel se doit alors d’assurer sa survie et celle de sa famille en se méfiant de tout et de tous. Et dans cette histoire, ce qui est peut-être le plus préoccupant, c’est la disparition de son chien, Mboua Mabé. Dans le brouhaha du chaos qui suit l’attentat, Michel tente coûte que coûte de retrouver le compagnon de son enfance.

Le récit, porté par l’innocence et la vive intelligence du jeune protagoniste, matérialise le Congo d’une époque sombre. Grâce à ce personnage touchant, Alain Mabanckou nous parle de son pays et de sa lente construction après l’indépendance, en 1960. Le personnage de Michel et l’intimité du récit sont un prétexte pour nous expliquer avec des mots simples le poids des responsabilités des pays colonisateurs et la puissance des jeux politiques dans la formation d’un pays neuf. Cette apparente simplicité donne sa force au texte. Avec les yeux d’enfants de Michel, on découvre une vie dure, faite de petites victoires et de grands soucis. Sa candeur, sa sincérité et sa bonté nous touchent et adoucissent un propos lourd d’un contexte historique inachevé et d’une mémoire encore à façonner.

Alain Mabanckou, Les cigognes sont immortelles,, Editions du Seuil, 304 pages, sortie le 16/08/2018.

visuel : couverture du livre

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