Fictions
« La Vie avec Marianne » de Xaver Bayer : Ennuyeuse, la vie de couple ?

« La Vie avec Marianne » de Xaver Bayer : Ennuyeuse, la vie de couple ?

20 septembre 2022 | PAR Julien Coquet

Prix du livre autrichien en 2022, La Vie de Marianne, traduit en français par Eric Faye, se distingue par sa loufoquerie et ses trouvailles incessantes.

Comme le remarque le traducteur et romancier Eric Faye (lauréat du Grand prix du roman de l’Académie française en 2010 pour Nagasaki) en introduction : voilà un livre rafraîchissant. Sans être révolutionnaire, La Vie de Marianne (Geschichten mit Marianne pour le texte original, donc plutôt « Histoires avec Marianne ») se permet d’ouvrir un large champ de possibles, faisant fi des conventions et de la linéarité. Venant d’un pays plutôt connu pour sa rigueur, l’Autriche, le roman s’éparpille, surprend et déroute, sans pour autant perdre le lecteur.

La Vie avec Marianne (et non pas La Vie de Marianne, de notre Marivaux national) s’intéresse à un couple formé par le narrateur et Marianne. De leurs professions et de leurs âges, on ne saura rien. On sait seulement qu’ils sont un couple stable, qu’ils n’habitent pas ensemble, et que Marianne a une passion pour les excursions le weekend les emportant loin de leur ville.

En vingt chapitres, Xaver Bayer imagine la vie de ce couple fantasque, loin de toute cohérence. Chaque chapitre peut se prendre comme une nouvelle, être lu isolément, mais le tout constitue plus que la somme des parties. Le narrateur et Marianne font face à une série d’attentats, se retrouvent dans un cirque mystérieux, se rendent au Floating Institut… Mais c’est souvent le narrateur qui fait les frais des directives de Marianne : celui-ci se retrouve dans un sombre manoir à rechercher un livre, est battu par sa propre compagne lors d’un jeu sadomasochiste, se surprend à rétrécir, se fait suivre par des drones, etc.

On croit assister à une sorte de jeux vidéo où chaque personnage, mort dans le chapitre précédent, revit dans le chapitre suivant et n’a subi aucunes séquelles des sévices infligés précédemment. Les chapitres se répondent les uns les autres, des connexions se font et une structure apparaît. So long, Marianne.

« C’est Marianne qui a inventé le jeu du stade, il y a bien un an de cela. Il se joue de la façon suivante : nous nous rendons séparément à un même événement d’envergure – concert d’un groupe ou manifestation sportive – sans nous dire où nous sommes. De cette façon, nous cherchons à mettre le destin à l’épreuve et à voir s’il nous permet de nous rencontrer une nouvelle fois, de manière aussi fortuite qu’il y a sept ans, lorsque nous avions dû l’un et l’autre faire un stage de récupération de points après avoir perdu temporairement nos permis pour conduite en état d’ivresse. Pour que tout cela n’ait pas un caractère trop romantique, l’unique sens du jeu consiste pour moi à devoir chercher et trouver Marianne dans une foule compacte. »

La Vie avec Marianne, Xaver BAYER, Editions du Faubourg, 184 pages, 17,5 €

Visuel : Couverture du livre

Le photographe Tim Page est décédé 
Ma danse, tout un art
Julien Coquet

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture