Fictions

Immortelles : Laure Adler évoque des amitiés libres et passées

Immortelles : Laure Adler évoque des amitiés libres et passées

15 septembre 2013 | PAR Yaël Hirsch

Après un récit très émouvant sur la mort de son fils et des biographies passionnantes et passionnées sur Marguerite Duras, Hannah Arendt, François Giroud et Simone Weil, la grande dame de la culture choisit cette rentrée 2013 pour nous proposer un premier roman placé sous le signe du souvenir et de l’amitié féminine.

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immortellesFlorence, Suzanne, Judith. Telles sont les trois « immortelles » que la narratrice rencontre à diverses occasions de la vie, dans cet âge clé qui relie l’adolescence à l’âge adulte et qui, au début des années 1970, était marqué par une révolution supérieure : celle des sociétés européennes. Avec la spirituelle et aventurière Florence, c’est la découverte émerveillée d’Avignon à la grande époque à défaut de pouvoir la suivre au Rajasthan; avec Suzanne, c’est l’engagement pour les faibles et les plus pauvres, c’est l’admiration aussi pour une femme qui trouve son équilibre dans le don de soi. Avec Judith enfin, c’est un passé d’exil douloureux, c’est l’arrivée d’Argentine à Paris d’une étudiante pauvre, méritante et très timide. Discrète, se présentant souvent comme plus sage, plus avantagée et moins courageuse que ses trois amies immortelles, la narratrice fait le lien entre les trois femmes et aussi entre un passé où la vie se brûlait par les deux bouts et un présent classique encore hanté par les absences des étoiles filantes.

Passant d’une amie à l’autre et évoluant au fur et à mesure que les thématiques avancent dans le temps qui mène de la puberté à l’âge adulte, la narratrice se présente comme seule survivante d’un temps riche, mais aussi dangereux, où les femmes avaient toute la place mais prenaient aussi une large part des risques nécessaires pour vivre pleinement dans leurs temps. Ce joli texte, haché par l’émotion, est un hommage aux héroïnes chères et qui n’ont pas survécu, mais qui sont néanmoins de par la pureté et l’entièreté de leur entreprise, des immortelles.

Laure Adler, « Immortelles », Grasset, 362 p., 19 euros. Sortie le 19 août 2013.

« Aujourd’hui, je vis avec mes mortes dans une sorte d’attention flottante. Elles me rendent visite. Surtout la nuit. Elles peuvent même revêtir l’apparence de doubles dans la lumière du jour.
Pour moi, elles sont immortelles » p. 362.

visuel : couverture du livre.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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