Fictions

« Graine de sorcière », le nouveau roman shakespearien de Margaret Atwood

« Graine de sorcière », le nouveau roman shakespearien de Margaret Atwood

04 mai 2019 | PAR Marine Stisi

Alors qu’elle annonçait récemment la publication en septembre de la suite de La Servante écarlate, de loin le plus fameux de ses romans – et peut-être aussi le plus fascinant -, Margaret Atwood voit son dernier livre en date, Graine de sorcière, traduit et publié en France aux Editions Robert Laffont.

Infinie est l’influence de William Shakespeare dans l’histoire de l’art. En 2016, la romancière américaine Margaret Atwood publiait Graine de sorcière (Hag-seed), un roman très intelligemment construit et comme un hommage au poète anglais.

Graine de sorcière, ou une de ces insultes très imagées et fantastiques qui existent dans l’œuvre colossale de William Shakespeare. La Tempête est une de ses pièces les plus populaires. En introduction de Graine de sorcière, Margaret Atwood décrit une de ses mises en scène qui débutent : on joue La Tempête quelque part, on ne comprend pas bien où, puis les plombs sautent, les spectateurs ont l’air de ne pas comprendre ce qui se passe exactement. Est-ce que tout ce cirque fait partie de la pièce, est-ce une attaque ? 

Retour quelques années plus tôt. Felix est le directeur du festival de Makeshiweg au Canada. Il met en scène La Tempête lui aussi, une mise en scène dans un genre nouveau, assez osé, comme il a l’habitude de faire. Sauf que cette fois, ça ne passe pas. Son collaborateur lui annonce qu’il a été destitué, s’en est terminé de lui à la direction du festival. Du jour au lendemain, Felix se retrouve seul et sans travail, lui qui quelques années plus tôt, a perdu successivement sa femme puis sa fille. A croire que le sort s’acharne. 

Graine de sorcière est à bien des égards une histoire de vengeance. Une histoire de vengeance sur la vie, sur le destin et ce, à plusieurs niveaux. Felix sait qu’il se vengera un jour : il attend simplement le bon moment. Et ce moment vient. Dans un petit journal, Félix, hanté par le fantôme de sa fille, dégotte une annonce pour un job : donner des cours de théâtre dans un centre pénitencier. Pour se faire, il devient Mr Duc, un humble acteur qui n’a jamais connu le succès. 

Avec les prisonniers, il monte Shakespeare, car l’œuvre du dramaturge britannique renferme la vie dans son ensemble et que rien ne dit que des prisonniers, que personnes ne croient capables de rien, ne sont pas capables d’interpréter du Shakespeare. La vengeance, encore, n’est jamais loin. Félix décide de monter avec les prisonniers les pièces guerrières de Shakespeare, les plus sanglantes, Macbeth, Richard III, Jules César, quand il apprend que le moment qu’il attendait est arrivé : ceux qui lui ont volé sa carrière, devenus ministres, ont entendu parler des ateliers et veulent assister à la restitution finale, sans savoir quel homme se cache derrière tout ça. Le moment est donc venu de préparer une nouvelle fois, La Tempête… 

La plume fluide et le sens du suspens aiguisé, Margaret Atwood nous transporte dans cette mise en abîme, l’histoire dans l’histoire, l’amour du théâtre. Une réussite.

Graine de sorcières, Margaret Atwood, Editions Robert Laffont, 21€, 360 pages. 

Visuel : ©DR

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Marine Stisi
30% théâtre, 30% bouquins, 30% girl power et 10% petits chatons mignons qui tombent d'une table sans jamais se faire mal. Je n'aime pas faire la cuisine, mais j'aime bien manger.

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